Exceptionnellement pour le match France-Maroc de ce jeudi (22 heures), la mairie de Paris va autoriser l'ensemble des terrasses estivales parisiennes à rester déployées jusqu'à 2 heures du matin, contre 23 heures en temps normal, a-t-elle expliqué dans un communiqué paru ce mercredi après-midi.
Piétonnisation de la Roquette et du Marais
En sus, les quartiers de la Roquette (11e) et du Marais (Paris Centre) seront entièrement piétonnisés de 20 heures à 2 heures du matin pour ce match et les autres de l'équipe de France en cas de qualification. Un dispositif exceptionnel qui vient pallier l'absence de fan zone officielle pendant cette Coupe du monde dans la capitale.
Depuis des semaines, la question est sur la table. Relevée au lendemain de la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions (le 30 mai 2026) qui avait vu quelques heurts se dérouler dans le centre de la capitale, l'idée était restée en suspens. Invité le dimanche 5 juillet sur RTL, Emmanuel Grégoire avait douché les espoirs de ceux qui espéraient encore voir émerger un site unique où les fans pourraient regarder les matchs des Bleus, justifiant cette absence par les risques terroristes, la canicule et le coût exorbitant d'un tel dispositif.
Un renoncement forcé par la sécurité et la canicule
Une décision qui a dû le frustrer lui-même puisqu'il a, à plusieurs reprises, exprimé un avis favorable à ce type de célébration par le passé, la dernière pour la victoire du PSG, quand il avait dû rebrousser chemin sur demande de la Préfecture de police de Paris qui devait gérer de nombreux événements le même soir. Un vœu du groupe Paris Liberté, au Conseil de Paris, de créer une fan zone avait même reçu l'aval le 17 juin de Lamia El Aaraje, première adjointe d'Emmanuel Grégoire.
La décision doit contenter en partie les élus du Nouveau Paris Populaire qui s'opposent à la création d'une fan zone en raison des mêmes enjeux cités auparavant de sécurité et de canicule. En revanche, le groupe mené par Sophia Chikirou, contacté par 20 Minutes, se déclare favorable à « plein de lieux gratuits, dans tous les quartiers pour regarder les matchs et faire la fête comme cela a été le cas pendant les JO de Paris. »
« On ne peut pas réserver ces moments aux gens qui ont les moyens d'aller dans les bars. Beaucoup de jeunes, d'étudiants, de familles vivent dans de petits logements et n'ont nulle part où se retrouver. La fête doit rester populaire et accessible », nous explique Emile Meunier, élu du 18e arrondissement, qui envisage toutefois des « lieux plus vastes comme les pelouses des hippodromes » pour les « très gros événements ».
« Il faut rappeler que l'immense majorité des célébrations de supporters se passent très bien : c'est bon enfant, créatif, festif. Peut-être que ça gêne certains de voir des jeunes noirs et arabes faire la fête dans des quartiers bourgeois, mais Paris appartient à tout le monde », ajoute Emile Meunier, qui fait allusion ici à la demande de Paris Liberté de créer une fan zone au parc de la Villette.
La droite pousse pour « séparer le bon grain de l'ivraie »
« Nous regrettons le changement de cap du maire de Paris sur cette question », nous confie Edouard Schahl, conseiller municipal du groupe de Rachida Dati et porteur du vœu. « Ce n'est pas concevable aujourd'hui de ne pas avoir un lieu où on puisse se retrouver et célébrer le match et la victoire ensuite », ajoute-t-il.
Pour justifier cette demande, l'élu explique la volonté de séparer « le bon grain de l'ivraie » en référence aux casseurs et aux vrais supporters. Pour cela, il rappelle les pillages de quinze commerces en mai dernier dans le 8e arrondissement dont il est élu. « Il faut que ce soit loin des commerces et relativement loin des lieux d'habitation. Ainsi, cela n'intéressera pas les casseurs de venir », argue-t-il. D'où l'idée du parc dans le 19e arrondissement qu'il juge « relativement bien desservi, suffisamment loin des commerces, et où la qualité du sol n'est pas en risque », contrairement à d'autres lieux étudiés comme le parvis de la BNF, la pelouse de Reuilly, le Bois de Vincennes ou encore l'Ouest parisien.
Selon Edouard Schahl, s'il y a « une multitude de lieux, il n'y a pas de lieu ». Une situation qui, de plus, rendrait impossible pour la police la mission de sécurisation de telles soirées. Surtout, le parc de la Villette pourrait devenir progressivement le lieu de rassemblement pour les grands événements sportifs. « C'est un lieu déjà bien identifié pour la musique, ça pourrait le devenir pour le sport », explique-t-il, ajoutant que cela faciliterait le travail des forces de l'ordre avec des unités fixes postées autour de la fan zone, et les unités mobiles en faction dans Paris à la recherche de casseurs « moins dilués dans la foule ».
Une position que défend Abdoulaye Kanté, conseiller du groupe Paris apaisé et policier à la ville : « Pendant les JO de Paris 2024, la France a montré qu'elle était capable d'organiser ce type de lieu. En particulier au parc de la Villette avec le Club France. » Selon lui, toute la question « réside dans les moyens qu'on est capable ou pas de mobiliser », citant des conditions à remplir : présence suffisante de la Sécurité civile, gestion des pickpockets, des mouvements de foule et de la consommation d'alcool. « Une fan zone, c'est un moyen de garder les fauteurs de troubles dehors », explique-t-il, en ajoutant qu'il faut, pour réussir, une grande coordination entre la police nationale, la Sécurité civile et une police municipale « qu'il faut déployer massivement et faire monter en puissance », notamment pour gérer le reste de la ville « parce que tout le monde ne pourra pas entrer dans la fan zone ».
La préfecture de police préfère gérer les Champs-Élysées
Si les « pro-fan zones » gardent l'espoir de pouvoir travailler sereinement avec Emmanuel Grégoire une fois la folie de la Coupe du monde passée, plusieurs sources contactées par 20 Minutes se montrent moins optimistes. « Le problème c'est que la préfecture de police et le ministère de l'Intérieur se félicitent de la gestion des événements. Ils ont réussi à s'organiser pour maîtriser la zone des Champs-Élysées et sont contents des chiffres de la finale de la Ligue des champions : des interpellations en nombre et pas de blessé côté police. Donc même s'il y a eu de la casse, cela reste acceptable pour eux. À moins qu'Emmanuel Grégoire l'organise et les mette devant le fait accompli, elle n'est pas près de voir le jour cette fan zone… »



