Paraguay, l'équipe de guerriers qui défie la France en 8e
Paraguay, les guerriers qui défient la France en 8e

De notre envoyé spécial à Boston,

Toutes les insultes y sont passées. Quand Antonio Sanabria a manqué le quatrième tir au but paraguayen face à l’Allemagne qui pouvait offrir la qualification en 8e de finale de la Coupe du monde, lundi à Boston, c’est tout un pays qui s’est mis à lui « susurrer » des mots doux à distance. Un raté sans conséquence, puisque le petit pays d’Amérique du Sud a réussi l’exploit d’éliminer l’un des gros outsiders de ce Mondial et retrouvera donc la France, samedi.

Cette tentative de Sanabria sera donc vite oubliée. Comme son autre fait d’armes dans ce match, passé inaperçu. Une énorme prise de judo, ciseau avec les jambes compris, sur un joueur allemand pour tenter de freiner une contre-attaque. Avec en bonus des vives protestations de l’ancien attaquant du Betis et de tout son banc quand l’Allemand (on n’est pas arrivé à distinguer le joueur) a eu l’outrecuidance de se rebeller après cette mise à terre. Voilà en tout cas un résumé de ce qui attend nos Bleus au Lincoln Financial Field.

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« Un mélange de sang, de sacrifice et d’utopie »

Évidemment, le Paraguay sait jouer au foot, et plutôt bien par moments, à l’image du but de Julio Enciso à la suite d’une belle combinaison entre Miguel Almiron et Matias Galarza face à la Mannschaft. Mais ce n’est qu’un épiphénomène. Le reste du match ne sera qu’un énorme combat pour les hommes de Didier Deschamps opposés à des aiguiseurs prêts à donner leur corps à la science pour défendre le pays et le drapeau.

En conférence de presse après l’exploit des 16es de finale, le sélectionneur paraguayen Gustavo Alfaro résumait les valeurs qu’il tentait d’inculquer à l’Albirroja sur ce Mondial au moment d’affronter des nations, sur le papier, beaucoup plus fortes : « Nous venons de la terre rouge. Notre maillot arbore les couleurs de cette terre où beaucoup d'entre nous ont commencé à jouer pieds nus. Nous sommes le fruit des sacrifices de parents qui font tout leur possible pour que leurs enfants puissent s'entraîner. Je ne renierai jamais mes origines, car elles nous définissent en tant qu'individus et en tant qu'équipe. Cette victoire, ce fut une démonstration absolue de respect de soi et de conviction. Un mélange de sang, de sacrifice et d'utopie qui a rendu possible l'impossible. »

« La garra guarani, c’est notre ADN »

Des valeurs qu’avait un peu perdues le Paraguay ces dernières années, avant qu’Alfaro ne remette les points sur les « i » à son arrivée en 2024, avec la garra guarani élevée au rang de patrimoine national. « D’autres entraîneurs ont tenté d’apporter autre chose et on a échoué. Depuis qu’Alfaro a été nommé, on est revenu à ça, et c’est très bien, nous explique Cinthia, croisée après le match face à l’Allemagne, venue depuis Asuncion avec son compagnon et un couple d’amis. La garra guarani, c’est ce qui nous représente, c’est notre ADN. Oui, on ne joue pas forcément très bien, on souffre énormément, mais le plus important, ce sont les résultats. Et c’est la seule façon que l’on a d’en obtenir. »

Alors que le Paraguay n’avait plus disputé une Coupe du monde depuis 2010, et un historique quart de finale, Alfaro a refait de l’Albirroja une sélection de guerriers, qui s’est imposée durant les qualifications face au Brésil, à l’Argentine, l’Uruguay, et même l’Équateur et la Bolivie en altitude. « Alfaro a réussi à recréer cette identité spéciale, nous assure Jorge Izquierdo Morel, journaliste à la radio paraguayenne ABC Cardinal. Ça court tout le match, il y a de la hargne, ils donnent tout, ce sont des guerriers. »

Des statistiques qui font peur

Depuis le début de la Coupe du monde, les coéquipiers du Strasbourgeois Julio Enciso sont ceux qui ont été le plus sanctionnés (neuf cartons jaunes, un rouge), avec des Matias Galarza, Juan Caceres et André Cubas à plus de quatre tacles en moyenne par match. Le Paraguay émarge d’ailleurs en moyenne à 25 tacles par match, soit 5 de plus que son dauphin, l’Argentine. Des bouchers.

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« Mais attention, la boucherie, c’est de l’art, estime Slim Loumi, patron de la boucherie Les Jumeaux, aux Lilas (Seine-Saint-Denis). Il y a une dizaine d’années, la Fédération française de boucherie avait demandé qu’on retire ce mot du langage courant du foot, parce que ça nous dévalorisait, mais moi ça ne me dérange pas. On découpe de la viande, les joueurs aussi. »

Attendrisseurs et tacles bien précis

Même si les Sud-Américains n’en ont sûrement pas besoin, et surtout pas Juan Caceres, cette armoire à glace tatouée qu’on n’aimerait pas croiser sur un trottoir en pleine nuit, Slim leur donne un petit conseil : « Si, dans le foot, il fallait découper un adversaire à un endroit précis, ça serait au niveau du genou, en rigole le boucher. Entre un os et un autre os, il y a une espèce de liquide. Ce liquide-là, quand on tape fort, ça peut créer des douleurs immenses, intenses. On appelle ça les jointures. Avec des crampons aiguisés en plus, ça peut faire feuille de boucher. »

Les Allemands ont payé pour apprendre, et notamment Jamal Musiala, qui s’est retrouvé plusieurs fois par terre. Et encore, le Paraguay n’avait pas sorti son arme ultime : Ramon Sosa, le milieu de terrain de Palmeiras, gueule d'ange à attendrir même les plus allergiques au bonheur. Erreur. « L’attendrisseur est rempli de petites lames très fines qui vont pénétrer les fibres, raconte Slim, passionné par le sujet. Je le considère comme une des pires armes du monde. Ça ne porte pas du tout bien son nom. Moi, si je devais faire du mal à quelqu’un avec ça, j’utiliserais ça. »

Les Bleus devront donc se méfier de tout le monde, surtout si le score commence à enfler. Avec plus rien à perdre, les Paraguayens pourraient avoir envie de finir sur une bonne note en accrochant à leur palmarès qui un tibia de Mbappé, qui une cheville d’Olise. Depuis leur qualification pour ces huitièmes de finale, des supporteurs des autres pays, notamment en Argentine n’hésitent d’ailleurs pas à pousser les joueurs paraguayens à y aller franco sur les Français samedi. Mais, après la qualification face à la Suède, en revenant à Boston en avion, Mbappé a prévenu : « On arrive méchants ». Alors, on rigole moins ?