Le rideau de métal est déjà baissé ce vendredi matin, place Saint-Jean. À l'entrée de la librairie Sauramps d'Alès, une simple feuille blanche raconte, avec pudeur, la fin d'une aventure commencée il y a vingt-quatre ans. « Merci pour votre fidélité, votre confiance, vos visites, vos échanges et tous ces moments qui ont fait vivre cette librairie au quotidien », peut-on y lire.
Peu de temps avant, à Montpellier, le tribunal de commerce examinait le dossier du groupe Sauramps. La liquidation judiciaire a été demandée, sans opposition des mandataires ni du représentant du conseil économique et social. Aucun repreneur crédible ne s'est manifesté pour sauver l'enseigne, qui emploie encore 54 salariés, dont six à Alès, et affiche près de 4 millions d'euros de pertes cumulées.
« Aujourd'hui, c'est presque un soulagement »
Pour les employés cévenols, l'annonce officielle sonne comme l'épilogue d'une longue attente, faite d'incertitudes et de silence. Jointe alors qu'elle se trouve en congé, la responsable de la librairie peine encore à réaliser. L'émotion est palpable. « Aujourd'hui, c'est presque un soulagement », confie-t-elle d'une voix mesurée. « Les trois derniers mois ont été très, très difficiles pour l'équipe et pour moi-même. Nous avions très peu d'informations et cette attente était extrêmement longue. »
Le soulagement, pourtant, ne gomme ni la peine ni la colère. « C'est quand même difficile parce que c'est notre librairie, celle dans laquelle on travaillait depuis longtemps, pour la plupart d'entre nous depuis 24 ans. Le sentiment que j'ai aujourd'hui, c'est quand même un sentiment de colère, de tristesse. Et puis c'est dommage, c'est un gâchis », ajoute-t-elle.
Un contexte difficile pour le secteur du livre
Derrière la procédure judiciaire, il y a des visages, des habitudes, des lecteurs fidèles et des salariés qui ont consacré une partie de leur vie à faire vivre ce lieu culturel devenu, au fil des années, un repère dans le centre-ville alésien. La fermeture de Sauramps à Alès met un terme à une aventure humaine et culturelle débutée il y a vingt-quatre ans.
La disparition de Sauramps intervient dans un contexte particulièrement difficile pour le secteur du livre. La semaine dernière, les groupes Le Furet du Nord et Decitre annonçaient déjà la fermeture d'une dizaine de librairies et la suppression de 163 emplois. Pour Sauramps, qui s'apprêtait à célébrer ses 80 ans, c'est toute une page de l'histoire culturelle régionale qui se tourne.



