Le 4 juillet 1954, la finale de la Coupe du monde à Berne oppose la Hongrie, grande favorite, à l'Allemagne de l'Ouest, neuf ans après la fin du nazisme. La Hongrie, menée par Ferenc Puskas, domine l'Europe et reste sur trente victoires consécutives. En Suisse, elle écrase le Brésil en quart de finale et l'Uruguay en demi-finale. En phase de poules, elle avait déjà infligé un cinglant 8-3 à l'Allemagne. Tout semble promis aux Magyars.
Une finale sous la pluie et une remontée historique
Ce jour-là, il pleut sur Berne. La Hongrie mène rapidement 2-0, mais l'Allemagne égalise avant la mi-temps. En seconde période, les Hongrois multiplient les occasions, frappent deux fois sur les poteaux, puis encaissent un troisième but de Helmut Rahn à la 84e minute. Un but de Puskas est refusé pour hors-jeu peu après. L'Allemagne l'emporte 3-2 et crée la surprise : c'est le « miracle de Berne ».
Les soupçons de dopage de Puskas
Ferenc Puskas, icône hongroise, soupçonne immédiatement les Allemands de dopage. Selon lui, les joueurs de la Mannschaft auraient utilisé du Captagon et de la Pervitine, des substances stimulantes également employées par les aviateurs de la Luftwaffe. Ces produits auraient provoqué des cas de jaunisse chez plusieurs joueurs allemands dans les mois suivant la finale. L'un d'eux, Richard Herrmann, est décédé d'une cirrhose du foie en 1962, à seulement 39 ans.
Un contexte politique et sportif lourd
L'Allemagne de l'Ouest, dirigée par Sepp Herberger, ancien membre du parti nazi, retrouvait une compétition internationale pour la première fois depuis les Jeux olympiques de Berlin en 1936. Son meilleur joueur, Fritz Walter, avait été détaché sur le front russe et avait échappé de peu aux camps sibériens ; il souffrait de paludisme et de la chaleur. La victoire allemande a été accueillie comme une fête nationale : 500 000 personnes ont acclamé les champions du monde à Munich, un moment clé pour la reconstruction du pays après la Seconde Guerre mondiale.
Les conséquences pour la Hongrie
Pour la Hongrie, cette défaite a marqué un tournant. Deux ans plus tard, en 1956, l'invasion de Budapest par les chars soviétiques a poussé de nombreux joueurs hongrois à fuir. Profitant d'une tournée européenne du Honved Budapest, Puskas, Kocsis et Czibor ont choisi l'exil. Puskas a rejoint le Real Madrid et a même disputé la Coupe du monde 1962 au Chili sous les couleurs de l'Espagne. Le « miracle de Berne » reste entaché de ces soupçons de dopage, qui n'ont jamais été officiellement confirmés mais qui alimentent encore les débats.



