Mbappé, capitaine exemplaire, guide les Bleus vers un nouveau sacre
Mbappé, capitaine exemplaire, guide les Bleus vers un nouveau sacre

De notre envoyé spécial à Philadelphie, Kylian Mbappé le savait sans doute. En s'avançant dans la zone mixte chaotique du Metlife Stadium, au terme de France-Suède mardi, le capitaine des Bleus se doutait qu'il allait satisfaire l'énorme attente des journalistes, frustrés des interventions platoniques et pressées de Jean-Philippe Mateta et Malo Gusto juste avant lui. L'essaim de reporters grossit, les micros se tendent, les téléphones passent en mode vidéo, le messie est là.

Depuis le début de la Coupe du monde, Kylian Mbappé s'est présenté trois fois devant les médias après les matchs. À chaque fois dans la foulée d'un doublé (Sénégal, Irak, Suède). Mais commenter ses performances n'intéresse pas l'attaquant du Real Madrid lors de ce Mondial. Même quand on a tenté de chauffer son orgueil en lui parlant des records de Just Fontaine et de Leo Messi, le Kyks n'a pas moufté. L'important est ailleurs.

« Je pense uniquement à la façon dont je peux aider l'équipe »

« Je connais les statistiques, tout le monde parle et j'ai la télé aussi, mais, moi, je pense uniquement à la façon dont je peux aider l'équipe, pour être ici (à New York) à la finale, a-t-il lancé après la qualification en huitième de finale, où les Bleus affrontent le Paraguay ce samedi. Je sais l'importance d'un Mondial pour un pays. Mon objectif est de marquer l'histoire de mon pays. Je l'ai fait une fois (2018), j'ai été proche de le faire une deuxième (2022). J'ai une nouvelle opportunité et je vais tout donner pour que les Français soient fiers de notre équipe. »

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L'équipe devant, lui derrière. Depuis le début du Mondial, Mbappé enchaîne avec brio les sorties où il loue l'effort collectif, encourage ses coéquipiers qui peuvent être un peu dans le dur (Dembélé) ou le travail du staff de Didier Deschamps. Et, même quand il est à l'initiative d'un beau geste, l'attaquant se met en retrait, encore, comme quand il est parti voir DD après son but face à la Suède pour montrer son soutien au sélectionneur endeuillé par la perte de sa mère : « Pas seulement moi, c'était toute l'équipe qui était là avec lui. Il y a des choses plus importantes qu'une Coupe du monde, plus importantes que le foot. »

Un leadership naturel et fédérateur

Dans cette « mission » pour décrocher une troisième étoile, il est donc aux petits soins de ses partenaires. Et à la manière d'un Leo Messi que tous les joueurs argentins suivent comme des moutons, Mbappé s'est aussi transformé en chef de meute. Au retour des vestiaires, par exemple, c'est lui qui donne le là entouré de ses brebis. La liberté guidant le peuple, comme le disait presque Jules Koundé : « Il joue son rôle de capitaine, il est très naturel, comme il l'a toujours été. C'est quelqu'un qui est à l'écoute de ses coéquipiers et qui lead par l'exemple. C'est quelque chose de très positif pour nous. »

Comme quand il faut accompagner les plus jeunes qui découvrent le grand raout d'un Mondial (« C'est à nous les joueurs qui avons joué plusieurs Coupes du monde de guider les jeunes joueurs, parce que, après, sur le terrain, ils savent faire »), qu'il faut faire des replis défensifs ou du pressing de maboule pour le bien de l'équipe ou lorsqu'il a fallu se battre pour obtenir un terrain un peu plus praticable auprès des jardiniers de Philadelphie après le déluge qui s'était abattu pendant deux heures lors du match contre l'Irak.

Mbappé « fait beaucoup pour le groupe »

Dans cette Coupe du monde, de l'avis de tous les observateurs qui suivent de près les Bleus, Kylian Mbappé dégage quelque chose de jamais vu depuis qu'il a été nommé capitaine des Bleus en 2023, six ans après sa première sélection. On se souvient d'un homme qui était assailli de questions (et de critiques) sur tous les sujets, même les plus insignifiants. Cet été, après une préparation compliquée qui a poussé certains impies à vouloir le mettre sur le banc au profit d'Ousmane Dembélé, il fait désormais l'unanimité et transmet toute cette confiance engrangée à tout un groupe.

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Évidemment, les six buts en quatre matchs et les prestations abouties des Bleus aident. Tout comme le bonheur qu'il dégage, avec l'ensemble de ses coéquipiers. « Il y en a encore pour le critiquer, déplorait Didier Deschamps après le premier match contre le Sénégal. Sur le terrain et en dehors en tant que capitaine, il fait beaucoup pour le groupe. Et puis ici, dès qu'il sort… Il a une aura mondiale. » Au point d'être devenu une sorte de demi-dieu, même auprès des adversaires.

On a ainsi vu les joueurs irakiens regarder la sortie du n°10 des Bleus des vestiaires avec des yeux presque admiratifs. On a vu, aussi, des enfants le regarder avec les pupilles qui pétillent, à chacun de ses retours à l'hôtel à Boston où ils sont des dizaines, voire des centaines à attendre un signe, un sourire du capitaine français. Et ne parlons pas des médias étrangers, prêts à zapper les sorties des joueurs de leur pays pour attendre Kylian Mbappé dans la fourmilière de la zone mixte.

Meilleur capitaine des Bleus ?

Se pose la question de savoir, alors, si on n'a pas connu de meilleur capitaine chez les Bleus, avec ce joueur prêt à tout pour son équipe et qui s'engage sur les sujets de société (opposition au Rassemblement national, soutien à Nahel tué par un tir policier, refus que son image soit associée à des sites de paris sportifs…) ? Si l'on compare avec celui qui portait le brassard lors de la dernière Coupe du monde, Hugo Lloris, la différence est abyssale.

Impeccable sur le terrain, le gardien était en revanche un robinet d'eau tiède devant les médias et jouait de la flûte quand il fallait, par exemple, prendre position sur les droits humains lors du Mondial au Qatar ou des possibles actions de protestation menées par les Bleus. Ses prédécesseurs, comme Thierry Henry ou Lilian Thuram, bien que plus volubiles, n'avaient jamais vraiment réussi à faire l'unanimité à un moment de leur mandature. Le football a changé, Kylian Mbappé aussi.