Dix ans après la défaite de Toulon en finale du Top 14 face au Racing 92 (21-29) au Camp Nou de Barcelone, l'ancien entraîneur du RCT Bernard Laporte livre ses confidences. Pour lui, ce match restera comme une « sensation d'inachevé », marquée par une erreur tactique fatale malgré une supériorité numérique.
Un goût amer et un sentiment d'inachevé
Interrogé par Var-Matin, Bernard Laporte confie que cette finale, disputée le 24 juin 2016, était son dernier match à la tête du RCT. « C'était mon dernier match avec Toulon. Même si je n'y pensais pas beaucoup, je savais que je partais. J'aurais bien voulu qu'on finisse sur une victoire. Le souvenir que j'en ai, c'est un goût amer. Et un sentiment bizarre, aussi. Une sensation d'inachevé. »
L'exclusion de Machenaud : un avantage non exploité
Alors que le Racing 92 évoluait en infériorité numérique après l'exclusion de Maxime Machenaud, Toulon n'a pas su en profiter. Laporte explique : « On mène à la mi-temps et on se dit : “Attendez les mecs, arrêtons de jouer depuis notre camp, continuons à occuper, allons chez eux pour construire, on va marquer”. Et on fait le contraire ! Sur le coup d'envoi, on joue chez nous, pénalité, et ça fait 3 points. On s'est fait prendre, contrer… J'ai envie de dire qu'on a tactiquement très mal joué. »
Une équipe de champions déstabilisée
Malgré un effectif de stars, le RCT s'est désuni. Laporte pointe une erreur collective : « Je pense que c'est justement dû à cette erreur tactique. On s'est trompé. Donc, même à un de plus, tu n'y arrives pas. » Il ajoute, prudent : « Je ne veux pas parler de mes joueurs. Si je dis la vérité, je vais me fâcher avec eux et je n'en ai pas envie. Mais enfin, à ce moment-là, on n'est pas une grande équipe, hein. Ce n'est pas vrai. Du moins, à certains postes, on n'était pas une grande équipe… »
L'arbitrage : un carton rouge, pas de quoi polémiquer
Interrogé sur l'arbitrage de Mathieu Raynal, décrié par certains supporters varois, Laporte balaie la question : « Je ne parlerai pas d'arbitrage. J'ai envie de dire que s'il va au bout des choses, il met deux cartons rouges. Parce qu'il peut en remettre un derrière, sur un plaquage sur Fernández Lobbe. Le mec le prend, le soulève, etc. Mais bon, c'est ridicule. Ce n'est pas ça le rugby. Il y a un carton rouge, tu es à 15 contre 14, tu dois gagner. Point à la ligne. »
Des joueurs qui se seraient vus arriver trop tôt ?
Laporte n'exclut pas que ses joueurs aient sous-estimé l'adversaire : « Peut-être. Ce n'est pas impossible. Mais je ne suis pas dans leur tête… Moi, ce que je sens, c'est qu'on n'y arrive pas. Qu'on dit qu'on va poser le jeu et qu'on ne le fait pas. C'est ce qui déstabilise notre équipe. » Il rend hommage au Racing : « Ils nous ont fait déjouer. C'étaient loin d'être des peintres. »
La fameuse anecdote des crampons de Chilachava
À moins de trois minutes de la fin, Toulon obtient une pénalité à 5 mètres de l'en-but. Le RCT demande une mêlée, mais Levan Chilachava, qui avait retiré ses crampons, tarde à les remettre. L'arbitre ordonne la reprise et Toulon est sanctionné. Laporte en rit aujourd'hui : « Je lui dis : “Tu as les crampons aujourd'hui Levan ?” Et il explose de rire. » Il aurait aimé dire à ses joueurs : « Vous gardez vos crampons jusqu'à la fin, on ne sait jamais ! »
Un regret ? « Loin de là »
Malgré la déception, Laporte relativise : « Cette finale est-elle un grand regret de votre carrière d'entraîneur ? Loin de là. Je n'y pense pas le matin en me levant. Vous savez que vous allez mourir vous aussi ? Comme tout le monde. Vous le savez. C'est le plus important. Le reste, ça ne compte pas. Ça fait chier quand tu perds, tu es content quand tu gagnes. Mais ce n'est pas parce que tu gagnes que tu es le meilleur du monde. Et ce n'est pas parce que tu perds que tu es le plus nul. Surtout en finale. Tout ça, pardonnez-moi l'expression, mais c'est de la branlette espagnole. »



