La prestigieuse manade Laurent, très appréciée des Pescalunes, présente ce dimanche ses sept meilleurs cocardiers dans les arènes de Lunel, en ouverture de la fin de saison. Parmi eux, Spartacus, l'un des étalons actuels, clôturera la course, tandis que Vendôme sortira en second.
Une histoire familiale ancrée aux Marquises depuis 1946
Depuis 1946, la manade Laurent est installée aux Marquises, sur la commune d'Arles, près de l'étang de Vaccarès, à Salin-de-Giraud. Paul Laurent, le grand-père, a réalisé son rêve à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Agriculteur à Beaucaire, il montait à cheval et aimait les taureaux, rêvant d'avoir un jour sa propre manade. En 1944, il a racheté des bêtes à Henri Aubanel, le gendre du marquis de Baroncelli, décédé un an plus tôt. Puis, en 1946, grâce à une rencontre avec le grand-père de Jean-Baptiste Jalabert à Arles, il est arrivé aux Marquises pour acheter d'autres bêtes. Il avait pris le petit train de Camargue jusqu'à Salin-de-Giraud, puis avait continué à vélo. Les bêtes proposées ne lui ayant pas plu, le propriétaire lui a proposé d'acheter le mas. Depuis, la famille y est restée, comme le raconte Patrick Laurent.
Le domaine s'étend sur 500 hectares, inchangé depuis toujours. À l'époque, la manade était assez sauvage, avec une seule clôture séparant les terres en deux. Aujourd'hui, le cheptel compte 400 têtes de chevaux et taureaux, et 70 hectares sont consacrés à la production de riz bio. La manade a connu une évolution notable : du temps du père de Patrick, Henri, il y avait 20 manades, contre plus de 120 aujourd'hui. "Le calcul est vite fait : nous n'avons plus la possibilité d'avoir autant de naissances et de taureaux à faire courir. J'ai donc réduit le cheptel et plus tard, Paul fera ce qu'il veut", glisse Patrick Laurent.
Un palmarès exceptionnel et une transmission en douceur
La saga familiale peut s'honorer d'avoir eu en pension le célèbre cocardier Vovo d'Aubanel et d'avoir offert 13 bious d'or, un record, aux afeciouna et raseteurs : de Tigre, Loustic, Goya, Fidelio, Rubis, jusqu'à Jupiter en 2018. Côté cocardiers, la marque "Laurent" peut compter sur les fils de César : Spartacus, Khéops et Tibère (étalon jusqu'à l'an dernier). "Depuis toujours les taureaux de Laurent sont spectaculaires. Pour notre race, la barrière rouge n'existe pas, il faut que ça passe. C'est le style qui nous plaît", explique le manadier, qui mène la manade en étroite relation avec son fils Paul.
La transmission reste un sujet délicat pour Patrick Laurent. "Quand je travaillais avec mon père Henri, on nous posait la même question. Or, mon père n'a jamais dit : 'Je m'arrête'. D'ailleurs, à 92 ans, il est toujours là. Avec Paul, on a toujours parlé de la manade. Naturellement, on parle de l'avenir proche mais on ne se projette pas dans dix ans. On réfléchit ensemble au calendrier des courses pour l'an prochain et on fait tout pour être au meilleur niveau, en continuant dans la lignée de mon grand-père", confie-t-il. À 22 ans, Paul Laurent affirme n'avoir jamais envisagé autre chose que de rester aux Marquises : "Je suis né ici, j'ai toujours vécu dehors avec les chevaux et les taureaux, c'est ma passion."
Un héritage qui se poursuit
Patrick Laurent souligne les qualités de manadier de son fils, notamment en matière de dressage des chevaux, et ajoute en souriant : "Je n'ai jamais dit à Paul qu'il devait reprendre la manade mais j'ai toujours vu qu'il avait la passion de la Camargue et de ce qu'elle offre. L'an dernier, il est rentré dans la société. Ainsi l'histoire continue et je suis comblé."
Ce dimanche, les spectateurs des arènes de Lunel pourront voir les cocardiers de la manade Laurent, dont ceux de la Royale, rassemblés sur un clos de quelque 10 hectares à quelques centaines de mètres du mas des Marquises. La course promet d'être à la hauteur de la réputation de cette manade emblématique.