De notre envoyé à Roland-Garros, rincé, lessivé, épuisé. Moïse Kouame était tellement sur les rotules qu’il a demandé à boire une dernière gorgée d’eau avant de répondre à Julien Benneteau sur le Suzanne Lenglen, dans la foulée de sa victoire en cinq sets contre Adolfo Daniel Vallejo. Ses premiers mots furent pour le meilleur public de Roland-Garros.
« Elle vous revient, cette victoire. Merci, parce que franchement, très honnêtement, sans vous, j’aurais jamais gagné ce match. Je pense que vous vous rendez même pas compte à quel point vous m’avez porté. Je pense que vous êtes plus fatigués que moi à force de crier. Et les gars, merci, parce que ça a fonctionné ! »
Un match à suspense
Disons le franchement : ça ne s’est pas joué à grand-chose. Après avoir rapidement mené deux sets à zéro, le Français a fini par déchanter. La machine s’est enrayée, et les amorties destinées à embarquer le Paraguayen au filet loin de sa zone de confort, si elles étaient une bonne idée, devenaient obsolètes à mesure que la partie avançait. Ne trouvant plus la solution, Moïse Kouamé s’agace, tantôt contre lui, tantôt contre le ciel, jusqu’à perdre le fil de la partie. Vallejo saisit la chance et recolle à 2-2.
L'inspiration d'Alcaraz
Kouamé a pensé à Alcaraz quand il était mené 5-3 dans le 5e set. À l’apparition des premiers signes de fatigue, juste avant le gain du deuxième manche, on pouvait se douter que la fin de match du protégé de Richard Gasquet serait plus douloureuse qu’au tour précédent face à Marin Cilic. La route vers les sommets est pavée d’imprévus et de matchs bourbiers, autant s’y frotter le plus tôt possible pour continuer de cocher des cases. Kouamé s’y était préparé en s’enquillant des séances d’entraînement de quatre heures. Pas cinq, pas sous un tel cagnard, certes, mais va quand même pour cinq sets.
« J’en ai découvert plus sur l’aspect physique que je suis capable de tenir une intensité assez haute pendant 4h56, se réjouit le vainqueur. Quand on s’entraîne, il n'y a pas le facteur stress, pas le facteur public, pas le facteur chaleur. Ce sont trois éléments très importants et ils étaient réunis. »
Un super tie-break haletant
Sur l’échelle des cinquièmes manches, celle remportée par l’adolescent est plus proche de l’épilogue d’Alcaraz-Sinner 2025 que du 6-0 infligé par Hugo Gaston à Gaël Monfils lundi. Moïse Kouamé s’est d’abord quasiment vu perdre après avoir concédé le break. Le Paraguayen a servi pour le match mais n’a pas su conclure contre un jeune adversaire porté par ses souvenirs.
« L’année dernière, j’ai vu la finale de Roland-Garros où Carlos Alcaraz a sauvé trois balles de match, et qu’a-t-il dit ? "Je n’ai jamais cessé d’y croire." Aujourd’hui, quand je me suis retrouvé mené 5-3 dans le cinquième, je n’ai jamais cessé d’y croire. »
Un dernier coup de stress au super tie-break. Il a débreaké, et, dans la plus pure tradition de lose tricolore, on n’a pas pu s’empêcher de penser qu’il pouvait toujours perdre 6-4 en se faisant rebreaker dans la foulée. Le jeu suivant sera pénible comme prévu (quasiment dix minutes), mais le Val d’Oisien s’en est sorti. Les deux hommes ne se lâcheront pas jusqu’au super tie-break.
Le Lenglen passe une dernière fois par tous les états, de 5-0 pour Kouamé à 8-7 Vallejo. « C’était très dur mentalement. Quand je passe de 6-1 à 6-7, je ne sais même pas à quoi je pense à part qu’il faut que je continue, il faut que je donne tout, que je fasse le meilleur coup pour le déranger. Mentalement ce n’était pas facile, j’ai dû travailler sur moi, rester très calme, penser au point suivant. »
Le petit gars a du caractère et, à l’image des grands de ce sport, sort deux grosses premières pour s’offrir une balle de match. Il n’y en aura pas d’autre. Moïse Kouamé est au troisième tour de Roland-Garros. C’est le plus jeune depuis Michael Chang à atteindre ce stade de la compétition. Samedi, il rencontrera un autre Sud-Américain, le Chilien Tabilo pour une place en deuxième semaine dès sa première participation. Ça serait fou, mais le Français aime apprendre en accéléré.



