Ironman de Nice annulé : des centaines de triathlètes ont couru quand même
Ironman de Nice annulé : des centaines de triathlètes ont couru

Ce dimanche 28 juin à 6 heures du matin, la plage des Ponchettes sur la Promenade des Anglais à Nice ne ressemblait en rien à un départ d'Ironman officiel. Pas d'arche, pas de musique, pas de speaker. À la place, quelques cartons de pizzas abandonnés, des bouteilles d'alcool vides et les derniers fêtards de la nuit croisant les premiers triathlètes déjà en combinaison néoprène. Deux mondes qui se regardent avec étonnement.

Des départs par petits groupes malgré les avertissements

Par petits groupes de deux, trois ou quatre, et parfois jusqu'à une vingtaine, ils sont nombreux à avoir décidé de s'élancer malgré tout sur le parcours de l'Ironman ou du 70.3, annulés vendredi par la préfecture en raison de l'alerte orange canicule. La veille encore, les autorités avaient mis en garde contre cette initiative non officielle, évoquant d'éventuelles verbalisations. Finalement, les forces de l'ordre se sont montrées très discrètes et personne n'a été empêché de partir.

Sur place, l'ambiance était presque familiale. Les athlètes prenaient des photos, échangeaient leurs parcours, cherchaient des compagnons de route. Beaucoup étaient accompagnés de proches venus les encourager, même sans course officielle.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des participants venus de loin pour relever le défi

Mateo, Luca et leurs cinq amis ont fait le déplacement depuis la Toscane. « Sans pression, juste pour le plaisir. Et puis non fa molto caldo ! », sourient-ils avant de rejoindre l'eau tandis que le reste des amis gardent les vélos sur la plage. « On ne pouvait pas repartir sans essayer. »

Gilles, venu de Suisse avec son épouse, ne cache pas sa déception. « On respecte la décision. Le grand Ironman, je peux comprendre. Mais le 70.3, j'ai plus de mal. On s'entraîne toute l'année pour ça. » Alors ils feront le parcours « comme un entraînement, sans chrono ». « Entre l'inscription, le transport des vélos, l'hôtel… on a engagé beaucoup de frais. On est là, autant en profiter. »

Nicolas est arrivé d'Hawaï avec sa famille pour son tout premier Ironman. « C'est une vraie déception, mais c'est hors de notre contrôle. » Avec un Belge et un Californien rencontrés sur place, il prévoit de réaliser la natation et le vélo, « et on verra pour la course à pied si la chaleur devient trop importante. Il faut rester raisonnables. »

Des sportifs déterminés malgré la chaleur

Brigitte et Iris, mère et fille venues de Belgique, rappellent que d'autres éditions avaient déjà été très chaudes. « En 2019, il faisait plus chaud qu'aujourd'hui. En 2021 aussi. Les courses avaient été maintenues. » Faute de ravitaillements, elles se contenteront finalement du 70.3 « comme un entraînement classique ». « Nos familles aussi ont engagé des frais pour venir nous soutenir. »

Sur les galets, alors que Brigitte et Iris s'élancent dans l'eau, une amie fait claquer un drapeau belge au vent. « Elles se sont préparées pendant des mois, ont engagé beaucoup de frais. Renoncer était tout simplement impensable. »

Arthur, de l'Oise, cherche encore des partenaires de route. « À plusieurs, c'est plus sympa. » Tanguy, de Saint-Laurent-du-Var, a juste eu à traverser le Var. Il prendra le départ avec sa sœur. « Pour nous, ce sera une longue sortie d'entraînement, comme celles qu'on fait depuis un an pour se préparer à l'Ironman. »

Un accomplissement personnel pour certains

Sur la plage, Paulin vient tout juste de sortir de l'eau après avoir bouclé seul ses 1,9 km. Ses amis, venus de Toulouse et de Montpellier, l'attendent pour l'encourager avant sa transition vers le vélo. « Aujourd'hui, il n'y aura ni classement, ni médaille », lance-t-il avant de filer vers les routes et les cols de l'arrière-pays. Une manière, comme beaucoup ce dimanche matin, de transformer la déception en accomplissement personnel.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Parmi eux, il y a aussi Liliana, 24 ans. Ce dimanche devait être celui de son tout premier Ironman. Un défi qu'elle avait choisi de relever au profit de l'association Huntington, en hommage à son père atteint de cette maladie neurodégénérative. Malgré l'annulation de l'épreuve, la jeune femme a pris le départ seule, sous le regard ému de son père, venu l'encourager. Sans arche, sans chronomètre, mais avec la même détermination à aller au bout de ce qu'elle avait préparé pendant des mois. Leur Ironman à eux.