Imre Kertész en 2009 : "Impossible de décrire Auschwitz"
Imre Kertész en 2009 : "Impossible de décrire Auschwitz"

À 79 ans, Imre Kertész n’a rien perdu de son regard pétillant ni de son humour Mitteleuropa. L’écrivain hongrois, lauréat du prix Nobel de littérature 2002, reçoit comme toujours dans les salons de l’hôtel Kempinski, sur le Ku’damm, les Champs-Élysées de Berlin, à deux pas de son domicile. Atteint de la maladie de Parkinson, il voyage de moins en moins.

Un paradoxe vivant

De tous les auteurs qui ont consacré leur œuvre à l’Holocauste, l’écrivain hongrois est certainement le plus paradoxal. Rescapé du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, ce fils d’une famille juive modeste de Budapest est l’auteur d’une œuvre prolifique (« Être sans destin », « Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas », « le Refus », « Liquidation », etc.), où se chevauchent deux univers concentrationnaires. Contrairement à d’autres artistes, Imre Kertész n’a jamais cherché à fuir la Hongrie communiste, jugeant même qu’elle l’avait d’une certaine façon « sauvé » du traumatisme de l’Holocauste.

Un choix de vie à Berlin

En 2002, treize ans après la chute du Mur, il décide de s’installer à Berlin, « cette ville qui ne cache pas son passé ». Il aime d’ailleurs la langue allemande (il a traduit Nietzsche, Hofmannsthal, Freud, Roth, Wittgenstein). Si Imre Kertész n’a pas publié à proprement parler de témoignage sur Auschwitz, il explique pourquoi dans cet entretien accordé au « Nouvel Obs » en mai 2009.

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L'impossibilité de décrire les camps

Interrogé sur la difficulté de témoigner, Kertész déclare : « Il est impossible de décrire Auschwitz. C’est une tâche trop immense. » Il évoque sa « saine schizophrénie » sous le communisme hongrois, qui lui a permis de survivre psychologiquement. Pour lui, l’expérience des camps ne peut être transmise par des mots ; elle relève d’un indicible que seule la littérature peut approcher, sans jamais l’atteindre pleinement.

Un attachement à la culture européenne

Malgré tout, Kertész affirme un attachement viscéral à la culture européenne, qu’il considère comme un antidote à la barbarie. Il voit dans la littérature et la philosophie une manière de maintenir une humanité face à l’inhumain. Ses œuvres, marquées par l’absurde et la réflexion sur le totalitarisme, témoignent de cette lutte constante.

Un héritage littéraire

Imre Kertész s’est éteint en 2016, laissant derrière lui une œuvre qui interroge les limites de la représentation. Ses livres continuent d’être étudiés et traduits dans le monde entier, rappelant que la mémoire de la Shoah doit rester vivante, même si sa description complète reste impossible.

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