France trop euphorique ? Les raisons de rester prudents
France trop euphorique ? Les raisons de rester prudents

Trois matchs, trois victoires, dix buts marqués, une malédiction du troisième match jamais gagné depuis 2006 brisée, Mbappé et Dembélé qui enquillent à tout-va… S'il en faut généralement peu pour être heureux, l'équipe de France en a donné beaucoup en cette phase de poule de la Coupe du monde. Vainqueurs de la Norvège (4-1) vendredi, les Bleus se sont assurés de terminer à la première place du groupe et affronteront la Suède à New York mardi.

Surtout, les hommes de Didier Deschamps, qui sera de retour à l'entraînement ce samedi après avoir assisté aux obsèques de sa maman en France, ont confirmé qu'ils étaient bien les grands favoris de ce Mondial. Combien de fois, lors de la démonstration face aux Vikings, on a écrit à nos proches pour dire : « Non, mais là, la Coupe du monde, elle ne peut pas nous échapper, on est trop forts ».

Et c'est bien là le problème. Tout un peuple a déjà mis le champagne au frais et se voit défiler sur les Champs-Élysées le 19 juillet prochain après un nouveau triplé de Mbappé en finale. Arrêtez ! De suite ! Désolé de jouer les rabat-joie et de « prendre les matchs les uns après les autres », mais il faut savoir raison garder. Et on vous explique pourquoi.

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Voir le niveau de nos adversaires

En passant dans la zone mixte, Erling Haaland et Martin Ødegaard n'avaient pas l'air plus déçu que ça de la défaite de la Norvège face à la France. Restés sur le banc toute la rencontre, comme la majeure partie des titulaires des deux premiers matchs, les deux Vikings ont observé leur équipe B se faire massacrer par Ousmane Dembélé, auteur d'un triplé, et ses potes. Alors, est-ce une victoire à minorer pour les Bleus ?

« L'équipe de France veut toujours gagner, toujours aller plus loin, quel que soit l'adversaire, a assuré Maxence Lacroix. C'était important de marquer le coup aujourd'hui, et c'est ce qu'on a fait. Le boulot a été fait. » Il avait été aussi fait contre l'Irak (3-0) et le Sénégal, qui avait complètement disparu des radars après le repos (3-1). Mais, là, c'était bien leur équipe type.

Regarder notre défense

On attendait de voir enfin la défense française face à de gros clients comme Haaland. En vain. Et, heureusement, puisque les Bleus ont eu d'énormes difficultés à contenir Larsen. À l'image de Dayot Upamecano, solide face au Sénégal, qui a été d'une fébrilité sans nom contre la Norvège avec des relances complètement ratées, un placement aléatoire, des interventions approximatives, notamment sur le but norvégien inscrit par Aasgaard, qui s'est baladée dans la défense tricolore. Les Bleus n'ont réussi à garder leur cage inviolée qu'une seule fois lors des huit derniers matchs.

Le défenseur du Bayern Munich n'a pas été le seul à être en difficulté : sur les côtés, Koundé et Hernandez n'ont pas du tout rassuré face aux remplaçants norvégiens, le second concédant même un penalty, heureusement stoppé par Maignan. Quand on lui a demandé s'il y avait des choses à régler en défense, Maxence Lacroix a répondu par l'affirmative : « Il y a toujours des choses à changer, à modifier. » Et quand on sait que la France va affronter Viktor Gyökeres et Alexander Isak au prochain tour, il est vraiment temps de serrer les vis.

Observer l'état physique des troupes

Qualifiés pour les 16es de finale après deux matchs, les Bleus auraient pu faire comme la Norvège et changer complètement le onze titulaire pour que les leaders tricolores se reposent un peu et récupèrent en vue des gros matchs. Il n'en a rien été. Six joueurs (Maignan, Koundé, Upamecano, Olise, Dembélé et Mbappé) ont commencé les trois matchs.

Malgré tout, le staff des Bleus a pris quelques précautions, en sortant Dembélé et Olise assez tôt dans le match, alors que Mbappé a également fini les deux derniers matchs sur le banc. Le 16e de finale contre la Suède est déjà dans trois jours, il faudra vite récupérer.

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Voir comment l'Argentine est favorisée

Avant cette dernière journée de la phase de poule, l'Argentine, qui s'était assurée de la première place de son groupe grâce au génie de Leo Messi (encore lui), disposait d'un calendrier pour la phase finale plus que clément. Et voilà que le chemin s'est encore éclairci après la défaite de l'Uruguay face à l'Espagne. L'Albiceleste affrontera donc le Cap-Vert en 16e de finale, avant d'être opposée (potentiellement) au vainqueur d'Iran-Australie. Et en quart de finale ? La Colombie, la Croatie ou l'Algérie… Et pourquoi pas le Timor oriental en finale.

Pendant ce temps, la France va devoir ferrailler face à la Suède, l'Allemagne et les Pays-Bas, si la hiérarchie est respectée. Depuis Frodon qui tente d'aller au Mordor, on n'a pas vu chemin plus escarpé. Sachant qu'en plus, les Argentins peuvent compter sur la mansuétude des arbitres pour ne pas expulser son Altesse sérénissime, compliqué de voir la bande ciel et blanche ne pas être la favorite à sa propre succession.

Écouter et réécouter Didier Deschamps

S'il y a bien quelqu'un qui s'y connaît en Coupe du monde, c'est bien Didier Deschamps, vainqueur en tant que joueur et sélectionneur. Et, à DD, de voir l'équipe de France avec une énorme pancarte de favori dans le dos, ça ne lui plaît pas trop, comme il le disait en début de préparation : « Il y a beaucoup d'attente, chez l'ensemble des supporters, de nous voir déjà le 19 juillet, ça ne me plaît pas trop, même pas du tout. On n'a qu'à pas faire de match et arriver aux États-Unis le 15. »

Avant d'enfoncer le couteau dans la plaie en visant les autres pays qui mettent toute la pression sur la France : « Ça arrange pas mal d'autres sélectionneurs : "oh la France, ils ont deux équipes", oui mais il n'y en a qu'une qui jouera. "Euh ils sont les plus forts", oui comme ça, ils sont plus tranquilles. Je ne refuse pas le fait qu'on fasse partie des favoris. L'ambition, c'est quelque chose d'essentiel. L'important, c'est d'avoir l'humilité. » Soyons humbles, Didier nous le rendra.

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