La crise couve au sein de la Fédération internationale de football association (FIFA). Selon des informations révélées par Libération, plusieurs fédérations nationales, soutenues par des membres influents du Conseil de la FIFA, discutent activement de la convocation d'un congrès extraordinaire. L'objectif affiché est clair : renverser le président Gianni Infantino, en poste depuis 2016.
Des accusations de dérive autoritaire
Les détracteurs de Gianni Infantino lui reprochent une gestion de plus en plus personnelle et autoritaire de l'instance dirigeante du football mondial. Ils pointent du doigt des décisions unilatérales, un manque de transparence dans les processus financiers, et une mainmise croissante sur les orientations stratégiques, au détriment des fédérations membres. La goutte d'eau qui aurait fait déborder le vase serait la gestion controversée de la Coupe du monde 2022 au Qatar et les projets de réforme du calendrier international, notamment l'expansion de la Coupe du monde des clubs.
Selon une source proche du dossier citée par Libération, « un nombre significatif de fédérations estime que la FIFA n'est plus une organisation démocratique, mais une monarchie absolue dirigée par un seul homme ». Cette fronde, bien que discrète, serait en réalité plus structurée qu'il n'y paraît, avec des réunions préparatoires déjà organisées en marge des compétitions internationales.
Une procédure complexe et incertaine
Convoquer un congrès extraordinaire n'est pas une mince affaire. Les statuts de la FIFA exigent qu'une demande soit soutenue par au moins un cinquième des 211 fédérations membres, soit environ 42 associations. Atteindre ce seuil est un premier défi, mais la tâche la plus ardue reste de réunir une majorité des deux tiers (soit 141 voix) lors du vote pour destituer le président.
Gianni Infantino, réélu en mars 2023 pour un nouveau mandat de quatre ans, peut compter sur le soutien de nombreuses fédérations, notamment en Afrique et en Asie, où il a multiplié les promesses de financement et de développement. La Fédération allemande de football (DFB) et plusieurs associations nordiques seraient parmi les plus critiques, mais leur poids politique reste limité face aux blocs historiquement fidèles au président.
Un contexte de tensions multiples
Cette tentative de destitution intervient dans un climat déjà tendu. La FIFA est régulièrement critiquée pour son opacité et ses liens présumés avec des régimes autoritaires. L'organisation est également sous le feu des projecteurs pour sa gestion des droits humains dans les pays hôtes de ses compétitions. Par ailleurs, la proposition d'organiser une Coupe du monde tous les deux ans, défendue par Infantino, a provoqué une levée de boucliers de la part des ligues et des clubs européens, ainsi que de l'UEFA.
Le congrès extraordinaire, s'il voit le jour, pourrait être convoqué dans les prochains mois. Toutefois, les observateurs estiment que les chances de succès de la fronde sont faibles, faute de véritable alternative unifiée à la candidature d'Infantino. « Les opposants sont divisés et n'ont pas de candidat commun crédible à proposer », analyse un expert en gouvernance sportive interrogé par Libération.
En attendant, le président de la FIFA continue de parcourir le monde, inaugurant des centres de développement et promettant des investissements records pour le football. La prochaine assemblée générale ordinaire de la FIFA, prévue en mai 2025 à Kigali, au Rwanda, pourrait servir de champ de bataille décisif pour les deux camps. Si la motion de destitution n'aboutit pas d'ici là, les opposants devront patienter jusqu'en 2027 pour une nouvelle élection présidentielle.



