Le Français Kevin Lamour, directeur des opérations de la Fifa, a été licencié lundi 17 août au soir, officialisant sa rupture avec le président Gianni Infantino. Son éviction, annoncée par un courriel du secrétaire général Mattias Grafström, intervient après ses critiques publiques contre le projet avorté de privatisation partielle de la Coupe du Monde. Les responsables français du football mondial, d'Arsène Wenger à Philippe Diallo, réagissent de manière contrastée, entre soutien critique et prudente prise de distance.
Un limogeage annoncé après des critiques virulentes
Kevin Lamour, 45 ans, ancien collaborateur de Michel Platini à l'UEFA, avait lui-même prédit son sort fin juillet : « Si cela signifie que je perds mon emploi, qu'il en soit ainsi […] Au moins, je dormirai tranquille cette nuit. » Le couperet est tombé après sa dénonciation du projet « Fifa Forward Enterprise » (FFE), qui prévoyait d'ouvrir 20 % du capital d'une société regroupant les activités commerciales de la Fifa – droits télévisés, sponsoring, billetterie, licences – à des investisseurs privés, pour lever jusqu'à 4,2 milliards de dollars.
Face à la menace de boycott de 55 fédérations européennes (UEFA) et à l'opposition de la Concacaf et de l'AFC, Infantino a abandonné le projet le 1er août. Mais la crise persiste, portant désormais sur la gouvernance de l'institution. Lamour, dans un communiqué du 31 juillet à l'Associated Press, dénonçait un « mensonge par omission entretenu pendant des mois » et critiquait l'exercice solitaire du pouvoir : « Il s'agit du projet d'une seule personne […] Le moment est venu pour les dirigeants politiques du football de se poser les bonnes questions et de prendre les bonnes décisions. »
Wenger prend ses distances, Diallo hausse le ton
Arsène Wenger, directeur du développement du football depuis 2019, a choisi une approche plus mesurée. Le 5 août, il a affirmé avoir « découvert ce projet à travers les médias » et qualifié son retrait d'« absolument nécessaire », sans jamais nommer Infantino ni remettre en cause son autorité. Il se désolidarise du projet, mais conserve ses fonctions.
Philippe Diallo, président de la Fédération française de football (FFF), navigue sur une ligne de crête. Bien qu'il prévoyait de soutenir la réélection d'Infantino au congrès de mars 2027 à Rabat, il a haussé le ton après les révélations. Lors de la réunion de crise de l'UEFA, il a dénoncé les dérives de gouvernance, citant le projet d'un Mondial 2030 à 64 équipes et des ingérences politiques, estimant qu'« il ne peut y avoir de nouvelle élection sans plus de clarification, de démocratie et de transparence ». Selon « L'Equipe », il ne voterait « pas en l'état » pour Infantino, attendant de connaître ses concurrents et la réunion du comité exécutif de la FFF prévue le 8 septembre.
Macron et la ministre des sports impliqués
La ministre des sports, Marina Ferrari, a condamné le projet dès le 29 juillet, évoquant « de très graves interrogations sur la gouvernance et l'avenir du football mondial » et résumant sa position : « Le football n'est pas à vendre ». Emmanuel Macron, selon « L'Equipe », a soutenu le président de l'UEFA Aleksander Ceferin et encouragé Philippe Diallo à se mobiliser, tout en maintenant le dialogue avec Infantino pour préserver « l'unité du football mondial ».
La Fifpro appelle à des réformes structurelles
David Terrier, président français de la Fifpro Europe, estime que la crise dépasse le sort d'Infantino. Il décrit une « véritable guerre » et une perte de confiance entre fédérations, mais refuse de réduire le problème à une question de démission. « Le problème n'est pas de savoir s'il doit démissionner ou non. Ce dont nous avons besoin, ce sont des réformes, et elles sont indispensables », explique-t-il. Il juge la situation « pire qu'au moment de la chute de Sepp Blatter en 2015 » et appelle à rééquilibrer les pouvoirs : le président doit rester « un garant », mais ne peut « détenir tous les pouvoirs ». Il estime aussi que l'administration de la Fifa n'est pas en mesure de jouer son rôle de contre-pouvoir. La position française, entre fermeté et dialogue, pourrait influencer le congrès de 2027.



