Doublé européen pour l'UBB : place maintenant au Brennus
Doublé européen pour l'UBB : place au Brennus

La parade est sans fin. Après avoir passé une nuit enfiévrée à Bilbao pour fêter la conquête de leur deuxième Champions Cup consécutive aux dépens du Leinster (41-19), Maxime Lucu et ses partenaires ont poursuivi la célébration de leur couronnement européen dans les rues de Bordeaux, assommées par une chaleur brûlante. Perchés en haut d’un bus à impériale, ils ont été escortés par leurs supporters entre l’hôtel de ville, le Grand-Théâtre et le stade Chaban-Delmas.

Un doublé historique

Au regard de leur domination sans partage durant cette campagne, on peut tout de même se demander si le véritable point de départ de cette procession ne se situe pas à Cardiff, là même où ils avaient été sacrés pour la toute première fois de leur histoire l’an dernier. D’une année à l’autre, la répétition des scènes de liesse est un marqueur de performance fiable. Comme les Toulonnais et les Rochelais avant eux, qui avaient pris l’habitude de célébrer leurs titres sur la Rade et dans le Vieux Port, certains Bordelais vont probablement avoir du mal à dissocier la place de la Comédie des campagnes victorieuses en Champions Cup dans leur esprit.

Des records à portée de main

À l’heure de célébrer l’entrée de l’UBB en qualité de membre permanent du gotha européen, les Bordelais ont peut-être songé aux records qu’il leur reste à battre sur la scène continentale. « Je ne dis pas qu’on est rentrés dans la cour des très grands : on est quand même très loin d’une équipe comme le Leinster qui a quatre trophées et neuf participations en finale », a nuancé Yannick Bru. « On garde les pieds sur terre. »

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En dépit du sens de la mesure du manager de l’UBB, certaines marques hautement symboliques sont toutefois à portée de main de ses joueurs. S’ils naviguent encore bien loin des six étoiles brodées sur le maillot du Stade Toulousain, ils peuvent lorgner sur le triplé réalisé par le Toulon de Jonny Wilkinson et Bakkies Botha qui avait mis l’Europe à sa botte entre 2013 et 2015.

L'objectif : le Brennus

Pour les architectes du projet UBB, l’enjeu va bien au-delà. Ce doublé européen ne doit pas être le climax d’une génération dont la moyenne d’âge autorise encore bien des possibles. Il doit servir de tremplin pour une œuvre de construction bien plus durable. L’élan irrésistible d’une formation qui a remporté tous ses matchs avec le bonus offensif tout au long de cette édition invite à penser que rien ne peut l’arrêter. C’est la vérité à l’instant T. Mais il y a fatalement une part de mensonge dans cette appréciation aiguisée par l’euphorie.

Yannick Bru l’a d’ailleurs souligné dès samedi soir à Bilbao : « Il faut savoir apprécier notre parcours : je pense qu’on ne le refera jamais ! […] Ce sera quasiment impossible de remettre autant d’intensité dans la campagne de Champions Cup. » Une part des hoquets rencontrés par le Stade Rochelais depuis son doublé étoilé (2022, 2023) résonnent comme un avertissement. Comme les Bordelais, ils avaient eux aussi disputé et perdu deux finales du Top 14 face au Stade Toulousain.

« Si on veut inscrire le club dans l’histoire du rugby, il faut au moins un Brennus au milieu », a déclaré Laurent Marti, le président de l’UBB, qui a toujours assumé sa préférence pour le Brennus par rapport à la Coupe des champions. Parce qu’il sait que c’est ce titre qui sera susceptible de faire basculer son club dans une autre dimension, l’émotion ne l’a pas poussé à changer d’avis. « Si maintenant je dis que je préfère la Champions Cup, tout le monde va rigoler, je le sais, a souri l’architecte des succès du club bordelais. Mais si on veut inscrire le club dans l’histoire du rugby, il faut au moins un Brennus au milieu. On se rappelle du grand Toulon parce qu’il a gagné trois Champions Cup (2013, 2014, 2015), mais il a gagné un Brennus aussi (2014). »

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Un défi immédiat

Cette ambition ne sera pas simple à réaliser dès cette saison. Cinquième du Top 14 avant de se rendre à Toulon et de recevoir Clermont lors de la dernière journée de la phase régulière, l’UBB marche sur un fil. « On est mal embarqués, estime Laurent Marti. Je suis un petit peu pessimiste. » C’est là un discours de raison. Mais ainsi que la nouvelle parade de l’UBB l’a démontré, cette équipe se complaît dans l’irrationnel. Leurs futurs adversaires le savent.