Domenech face à Cherki : un clash générationnel dans le football français
L'ancien sélectionneur de l'équipe de France Raymond Domenech, reconverti en consultant, ne mâche pas ses mots lorsqu'il évoque le jeune milieu offensif Rayan Cherki. Cette situation rappelle étrangement une déclaration de Claudio Ranieri en 2017 concernant Domenech lui-même : « S'il parle de théâtre, je peux l'écouter. Mais s'il parle de football, jamais ! » Ces mots prennent aujourd'hui une résonance particulière.
Des critiques récurrentes et ciblées
Malgré leur point commun lyonnais, Domenech ne se reconnaît absolument pas dans le football de Cherki. « Ce qui m'agace, c'est sa manière, à chaque fois, de lever les bras, il veut toujours le ballon », explique-t-il. « On reste sur l'idée qu'il a du talent, et qu'en un quart d'heure il va transformer un match... Moi, ça me fait peur. Pendant un mois et demi, c'est fatigant, quelqu'un comme Cherki. »
Ces arguments ne sont pas nouveaux. Déjà en novembre dernier, le vice-champion du monde 2006 affirmait que Cherki n'avait « aucune chance » de figurer dans la liste de Didier Deschamps pour la prochaine Coupe du monde. En devenant consultant, Domenech a conservé la liberté de parole qui caractérisait déjà son passage comme sélectionneur, période durant laquelle certaines de ses sorties médiatiques étaient pour le moins surprenantes.
Un contraste saisissant avec les éloges de Guardiola
Pendant ce temps, Rayan Cherki connaît une ascension remarquable à Manchester City depuis son transfert l'été dernier. Le jeune joueur de 22 ans commence à s'imposer dans l'une des plus prestigieuses écuries européennes, dirigée par le célèbre technicien Pep Guardiola.
Exposé dès l'âge de 16 ans avec des performances remarquées, dont un match mémorable à Nantes en Coupe de France, Cherki ne laisse personne indifférent. Comme Lamine Yamal ou Jamal Musiala, on vient au stade pour admirer ce type de talent exceptionnel. Capable de fulgurances rares, le joueur appelé pour la première fois en équipe de France en juin 2025 est déjà impliqué sur 20 buts cette saison.
Pep Guardiola s'est montré particulièrement élogieux en décembre dernier, allant jusqu'à une comparaison des plus flatteuses : « Rayan Cherki est un joueur exceptionnel. Il est si jeune, avec une grosse personnalité. Dans le dernier tiers, il a quelque chose de spécial. Ce que j'admire le plus chez Rayan, ce ne sont pas ses gestes techniques. Je n'ai jamais vu Messi faire un centre comme il l'a fait, et Messi est le meilleur joueur de l'histoire. »
La question qui divise le monde du football
Face à ces positions diamétralement opposées, une question fondamentale se pose : qui est le plus fiable pour juger le talent de Cherki ? L'ancien sélectionneur français ou l'entraîneur catalan multiple champion d'Europe ?
Certes, l'ancien Lyonnais possède encore une marge de progression et peut fluidifier davantage son jeu. Mais précisément dans ce football moderne que de nombreux observateurs jugent aseptisé, voir un Cherki tenter autant d'actions sur le terrain est plus que plaisant. Certains de ses dribbles n'aboutissent pas toujours à un tir ou une passe décisive, mais c'est bien le principe même de cette catégorie de joueurs créatifs. Il faut accepter quelques imprécisions, car en retour il y aura forcément des inspirations réussies au cours des 90 minutes.
Une adaptation démontrée en équipe de France
Concernant l'argument d'un joueur qui ne lâche pas assez vite son ballon, Cherki a démontré qu'il sait parfaitement s'adapter et correspondre à un jeu de transition. Lors de la dernière trêve internationale, le joueur de 22 ans a été aligné d'entrée dans le onze des « remplaçants » français face à la Colombie.
La victoire 3-1 de cette équipe bis a rassuré Didier Deschamps, et Cherki a été impliqué sur deux buts. Il a d'abord décalé en retrait Désiré Doué sur l'ouverture du score, avant de bien servir son coéquipier, passeur décisif pour Thuram, sur le troisième but.
Une philosophie de jeu détachée des statistiques
Au micro de TF1, Rayan Cherki a précisé sa vision du football, qu'il veut détachée des simples statistiques : « Marquer ou faire une passe décisive, c'est le dernier de mes soucis. Moi, c'est le plaisir. Je veux que les joueurs, Michael (Olise), Maghnes (Akliouche), Ousmane (Dembélé) prennent du plaisir en jouant avec moi, et les supporters aussi. »
Pressenti pour être remplaçant cet été avec les Bleus, le joueur de 22 ans sera néanmoins une attraction à chaque apparition sur le terrain. Son talent continuera de diviser les observateurs, mais une chose est certaine : il ne laissera personne indifférent.
Cette polémique rappelle également certains épisodes passés de Domenech, comme à la fin du dernier match des Bleus contre l'Afrique du Sud lors de la funeste Coupe du monde 2010. Après le douloureux épisode de Knysna, Raymond Domenech avait décidé, au coup de sifflet final, de ne pas serrer la main de son homologue Carlos Alberto Parreira. Une attitude qui paraît tout de même bien plus dérangeante que quelques dribbles audacieux de Rayan Cherki.



