Le Montpellier Hérault Rugby (MHR) a ouvert ses portes à Midi Libre ce lundi 15 mai, à quelques jours de sa demi-finale de Top 14 contre le Stade Français, prévue ce samedi 20 mai à 21h à Marseille. Réunions, discours, séances de musculation, entraînement et bonne humeur ont rythmé un début de semaine studieux, de bon augure avant le match le plus important de l'année.
Une atmosphère sereine avant l'enjeu
L'histoire est en marche, la pression monte, mais les esprits sont étonnamment sereins et calmes. Le MHR prépare la sixième demi-finale de Top 14 de son histoire contre le Stade Français sans bousculer ses habitudes, avec un flegme étonnant. Midi Libre a pu le constater en passant la journée dans les couloirs du Septeo Stadium, une ouverture rare à l'approche d'une rencontre à fort enjeu.
C'est dans une atmosphère détendue que l'ensemble du club s'est retrouvé hier matin. La semaine de régénération a fait un bien fou aux têtes et aux organismes, toutes strates confondues. "On a fait le point avec ma compagne, c'était notre cinquième week-end ensemble depuis le 1er août, le premier depuis douze semaines", souffle un membre du staff. La dernière ligne droite de la saison peut commencer sur les meilleures bases.
8h : Réunion avec l'ensemble du staff
Un lundi ne serait pas un vrai lundi sans une réunion pour commencer la semaine, encore moins à l'aube du match le plus important de l'année. À 8h pétante, l'ensemble du staff s'est retrouvé à la brasserie du club, avec Joan Caudullo en chef de cérémonie. Le manager montpelliérain, devant une assistance d'une trentaine de personnes, présente le déroulé de la semaine et l'organisation générale pour que chacun connaisse sa mission. "Des questions ?", conclut-il après trois minutes de laïus et une paire de slides projetées sur la télé du restaurant.
L'occasion pour Justine Benoit, l'irremplaçable team manager du groupe professionnel, de mettre en garde tout le monde sur les consignes imposées par la Ligue nationale de rugby : cacher les marques des gourdes, pas de bouteille en plastique, pas de table de massage fournie par l'organisation pour les kinés. Antoine Battut, patron de la touche, en profite aussi pour demander s'il est possible d'avoir deux télévisions dans le vestiaire du Vélodrome.
Après dix petites minutes, tout le monde s'en va vaquer à ses occupations, à l'exception de l'encadrement sportif pour un point sur l'organisation de la journée et le planning des entraînements. "On se sert beaucoup de l'organisation qu'on avait mise en place pour la finale de Challenge, à Bilbao, fin mai. La seule différence est qu'on a un entraînement en plus. Tout ce qui a marché, on le garde, et ce qui a moins marché, on le corrige. Il faut bien comprendre qu'on ne va pas tout révolutionner dans notre fonctionnement qui a l'air de plutôt bien marcher", explique Caudullo, en référence à la deuxième place décrochée à l'issue de la saison régulière. La préparation d'une semaine couperet n'est donc plus un secret pour ce groupe.
8h20 : Préparation de la journée
Direction le bureau des coaches, situé aux abords de la pelouse du Septeo Stadium, à quelques mètres du tunnel d'entrée des joueurs. Tout le monde a les yeux rivés sur son écran d'ordinateur pour scruter le jeu du Stade Français, qualifié la veille pour les demi-finales après une écrasante victoire contre La Rochelle (45-5). Malgré la connaissance tardive de l'adversaire, le staff héraultais avait déjà travaillé sur le club parisien en fin de semaine dernière.
"On a fait un pari, dès jeudi, de bosser uniquement sur le Stade Français parce qu'on pensait qu'il allait gagner son barrage. On fait donc un focus sur cette équipe depuis quatre jours", raconte le manager. Toutes les vidéos étaient donc prêtes en amont. Le Stade Français était d'ailleurs sur toutes les bouches ce lundi matin. "T'as vu le match qu'ils font ? C'est du costaud", entend-on à plusieurs reprises.
Geoffrey Doumayrou, patron de la défense, discute aussi avec Didier Bès, en charge de la mêlée. Ils débriefent l'access match remporté par Perpignan contre Provence Rugby (24-47), et l'importance de la discipline dans un match à fort enjeu. À 8h45, chacun s'est isolé pour préparer son domaine d'action devant les joueurs. Benoît Paillaugue (attaque) et Jesse Mogg (sorties de camp) s'apprêtent à présenter aux joueurs le game plan contre le Stade Français et s'isolent. Joan Caudullo, lui, bosse avec son analyste vidéo et son vidéaste pour monter une vidéo de motivation pour les joueurs.
9h20 : Parole aux leaders
Durant dix minutes, Joan Caudullo, assisté de Benson Stanley (entraîneur des attitudes au contact) pour traduire aux joueurs anglophones, réunit ses cadres. Camara, Bécognée, Miotti, Cadot, Vincent, Banks, Nouchi, Uelese, Price et Vunipola sont mis au courant du dispositif à suivre jusqu'au week-end. Le brief est clair et rapide. Billy Vunipola conclut, franco : "C'est simple, maintenant, c'est tout le monde à 100 %. Personne ne se plaint. Moins on parle, plus on agit. Fin de l'histoire." On ne traduira pas les "fucking" placés au milieu de chaque phrase, renforçant le poids de chacun de ses mots.
9h30 : Présentation du game plan
Tous les joueurs sont conviés dans la salle vidéo. Caudullo rappelle l'enjeu du week-end et le besoin d'une mobilisation générale, même pour ceux qui ne jouent pas. "Je sais que c'est dur pour ceux qui ne seront pas sur la feuille de match, mais on compte sur vous, on a besoin de vous." Jesse Mogg file ensuite au tableau, images à l'appui. L'ancien arrière du club présente comment l'équipe doit sortir de son camp face à la pression parisienne, les zones à choisir pour jouer au pied. Dans la foulée, Benoît Paillaugue passe au tableau et présente la stratégie offensive, montre les failles à exploiter et les zones dans lesquelles les joueurs doivent insister. Le nombre d'informations à retenir est assez impressionnant. Tout le monde est attentif et concerné.
10h : Muscu, dojo et vidéo individuelle
Le groupe pro se sépare en deux. D'un côté, les avants. De l'autre, les trois-quarts. Les "gros" travaillent leur explosivité en musculation, dirigés entre autres par Benjamin Del Moral, patron de la performance. Les trois-quarts, eux, se prennent en main avec de la vidéo individuelle. Trois quarts d'heure plus tard, on échange, sauf que les avants se retrouvent dans le dojo, au fond du stade, pour revoir les touches et quelques attitudes. Pendant ce temps, les entraîneurs peaufinent leur stratégie.
12h : Place au terrain
Après des heures en salle à travailler les corps et la tête, il est temps de mettre en pratique sur la pelouse du Septeo Stadium. Christopher Tolofua rapporte l'enceinte et met une musique de samouraï en regardant Billy Vunipola. Le numéro huit anglais s'est en effet fait un petit chignon, typique des guerriers japonais. L'ambiance est excellente. Les sourires sont omniprésents au moment de prendre la collation pré-entraînement. "On va réduire notre temps sur le terrain. On veut aller à l'essentiel et ne pas taper dans les réserves à ce moment-là de la saison", prévient Caudullo. Une fois les crampons chaussés, les sourires tombent. Le professionnalisme reprend le dessus. Chaque entraîneur a droit à son exercice. Tout est minuté et respecté.
14h : Tous à la maison sauf...
Il est 13h15, fin de séance. Direction la brasserie pour se restaurer, sauf Joan Caudullo, qui ne mange jamais le midi. Les joueurs sont ensuite laissés libres pour l'après-midi. Le staff, lui, a droit à une dernière réunion pour les derniers ajustements de la journée de mardi, la plus intense de toute la semaine. Un lundi comme n'importe quel autre, finalement.



