Eau dans les Alpes-Maritimes : REUT, fuites, dessalement
Eau dans les Alpes-Maritimes : REUT, fuites, dessalement

Dans les Alpes-Maritimes, la gestion de l'eau change de paradigme : face aux sécheresses répétées, l'heure est à l'anticipation et à l'optimisation de la ressource existante, plutôt qu'à la recherche de nouveaux approvisionnements. Le préfet Jean-Marie Girier résume : « Le sujet n'est plus la réaction, mais l'anticipation ». Cette stratégie se décline en trois axes : la réparation des réseaux, la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) et le dessalement innovant.

Chasser les fuites avant de chercher de nouvelles ressources

Avant d'envisager de nouvelles sources, les gestionnaires s'attaquent aux pertes. Dans le département, des milliers de kilomètres de canalisations transportent l'eau potable, mais certaines sont vieillissantes. « L'enjeu aujourd'hui, c'est d'avoir le réseau le plus performant possible pour éviter de perdre une ressource qui devient de plus en plus précieuse », explique Olivier Moulinas, directeur du territoire Côte d'Azur de Veolia. La détection des fuites est devenue une priorité : surveillance des canalisations, sectorisation, compteurs intelligents. Les collectivités investissent massivement, mais le défi est financier. « Renouveler un réseau d'eau représente des investissements très importants », rappellent les professionnels du secteur.

Les eaux usées, une ressource à part entière

La REUT progresse. À Antibes-Juan-les-Pins, la ville économise environ 140 000 m³ d'eau potable par an grâce à ce procédé. « L'idée est de ne pas utiliser de l'eau potable là où une eau recyclée peut parfaitement répondre au besoin », souligne Olivier Moulinas. Chaque litre réutilisé préserve les nappes et rivières. À Cagnes-sur-Mer, un programme prévoit d'utiliser des eaux recyclées pour l'hippodrome. Cependant, la REUT ne fait pas l'unanimité. Le projet de la Siagne, porté par la Communauté d'agglomération Cannes Pays de Lérins, le Sicasil et le Pays de Grasse, vise à soutenir le débit de la rivière en été pour sécuriser l'eau potable de 320 000 habitants. Mais la Commission locale de l'eau du Sage de la Siagne, qui réunit 53 membres, l'a rejeté, estimant que la REUT doit rester un complément, pas un pilier. Pour eux, la sobriété reste prioritaire. La polémique souligne les questions persistantes : coûts, garanties sanitaires, polluants émergents.

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Le dessalement solaire du port Vauban, un pari gagnant

Au port Vauban d'Antibes, une station de dessalement par osmose inverse, développée par Green Water Technology (Monaco), fonctionne depuis 2023. Elle produit 3 000 à 4 000 litres d'eau par jour, avec une autonomie énergétique totale grâce à des panneaux solaires. « Depuis 2022, face aux restrictions, il fallait des solutions pour laver les bateaux », explique Marion Lefèvre, responsable environnement au port. Le sel et les embruns exigent des rinçages fréquents. La saumure, rejet très salé, est dissoute et dispersée pour éviter tout impact. Un suivi sur trois ans mesure les effets. En 2025, la station a fonctionné en autonomie complète quatre mois et permis de laver 500 bateaux sans eau potable. Les équipements limitent la consommation à moins de 8 litres par minute, contre des dizaines pour un lavage classique. Patrick Inderbitzin, co-gérant, envisage des micro-stations autonomes pour des sites isolés comme des écoles ou des stades, sans concurrencer les grands réseaux, mais en complément.

Vers une gestion intégrée et durable

Ces initiatives illustrent une tendance : la diversification des sources et la sobriété. La REUT et le dessalement ne sont pas des solutions miracles, mais des outils complémentaires. L'État les considère comme des pistes d'avenir, à condition de les intégrer dans une stratégie globale. La raréfaction de l'eau pousse les territoires à innover, tout en gérant les coûts et les impacts environnementaux. Les Alpes-Maritimes deviennent un laboratoire pour la gestion de l'eau en Méditerranée.

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