Une équipe « née pour défendre »
Fabian Balbuena et les Paraguayens ne lâchent rien dans les duels. « Le pire dans le football, c’est d’être un ‘’Ni’’. Ni offensif, ni défensif. Nous, nous défendons parce que nous n’avons pas le choix face à des équipes qui valent quatre fois notre effectif. On se bat avec nos armes », a déclaré Gustavo Alfaro, le sélectionneur, assumant le style ultra-pragmatique d’une sélection qui a érigé la capacité à souffrir ensemble au rang d’art. La défaite 4-1 face aux USA est le seul contre-exemple de son imperméabilité défensive, vite retrouvée avec le court succès sur la Turquie (1-0), puis les deux nuls contre l’Australie (0-0) et l’Allemagne (1-1). Bien défendre est presque culturel au Paraguay : en 2011, l’Albirroja était parvenue à atteindre la finale de la Copa America sans gagner un seul match (avant la séance de tirs au but).
Almiron pionnier contre son gré
Miguel Almiron, numéro 10 du Paraguay, a été le tout premier joueur expulsé pour avoir parlé en couvrant sa bouche de la main lors d’une altercation avec le Turc Mert Muldur au premier match de la phase de poules. « Je respecte les règles, mais une expulsion pour ça ? Un carton jaune aurait largement suffi. On applique tout le dictionnaire du règlement à la lettre contre le Paraguay, s’est offusqué le sélectionneur Gustavo Alfaro. Mon grand traumatisme, c’est que le football perde son essence. Le football, c’est aussi de la friction, de la tension, du courage et de la parole. » L’Equatorien Hincapié a également écopé d’un rouge pour les mêmes faits lors du 16e de finale contre le Mexique.
Un coach qui régale la presse
Sélectionneur du Paraguay depuis 2024, après être passé sur les bancs de Boca Juniors, de l’Equateur ou plus récemment du Costa Rica, Gustavo Alfaro (63 ans) est un personnage fascinant. L’Argentin a le sens de la formule, et beaucoup d’esprit, si bien que ses conférences de presse durent parfois des plombes. « On m’a donné un tissu. Si le tissu ne me permet pas de faire une robe de haute couture pour aller faire la fête, je vais faire une tenue plus simple, mais qui te couvre bien quand il fait froid. Le football, c’est l’art du possible avec ce que l’on a », avait-il dit. Quant à cette autre citation : « Si vous allez dans la jungle et que vous affrontez un lion, vous ne pouvez pas y aller avec un canif. Vous devez penser comme un chasseur. Vous devez attendre que le lion fasse un faux pas, car le lion est fort, mais le chasseur a la patience. » On comprend pourquoi le sélectionneur paraguayen, ancien consultant TV didactique, est surnommé « El Profesor ».
Une menace made in Ligue 1
Un homme est impliqué sur les trois seuls buts inscrits par le Paraguay dans le tournoi et il évolue dans notre championnat : Julio Enciso. Le milieu offensif de Strasbourg a délivré deux passes décisives et marqué contre l’Allemagne, dans la lignée d’une première saison réussie en France (12 buts, 9 passes en 42 matchs toutes compétitions confondues). Surnommé à ses débuts « la joya » (le joyau), le joueur de 22 ans aux cheveux blonds décolorés a longtemps eu du mal à répondre aux immenses attentes de son pays. « On disait que j’étais un vendeur de fumée, que je ne servais à rien. Mais le mister (Alfaro) a cru en moi, en mon cœur, et m’a sauvé », a-t-il confié. Il espère le lui rendre en brillant contre les Bleus.
L’ombre de Chilavert
Cette affiche France - Paraguay convoque forcément les souvenirs de 1998. Elle avait été le théâtre d’un huitième de finale ultra-tendu, devenant un peu plus irrespirable à chaque arrêt du légendaire gardien paraguayen José Luis Chilavert. La muraille sud-américaine avait finalement cédé à la 114e minute à la faveur du premier but en or de l’histoire de la Coupe du monde inscrit par Laurent Blanc. « Les supporters français avaient une peur bleue. Si on allait aux penalties, la France perdait, j’en suis convaincu. Le public avait une angoisse totale de me retrouver face à leurs tireurs », a rappelé Chilavert. Son successeur s’appelle Orlando Gill mais Chilavert n’avait pas manqué de l’égratigner après la lourde défaite contre les USA (4-1) en le surnommant « le gardien muet ». Depuis, le portier d’1,99m qui évolue à San Lorenzo (Argentine), encore dans l’anonymat il y a un an, semble avoir pris la mesure de la compétition, à l’image de son 16e de haut vol contre l’Allemagne.



