Christopher Dilo, gardien de but du Sporting Toulon, a connu un parcours singulier, entre Sarcelles, le centre de formation du PSG, l'Angleterre et la sélection de Guadeloupe. Né de parents guadeloupéens, il a dû composer avec une double culture qui l'a longtemps tiraillé.
Un enfant de Sarcelles au parcours atypique
Francilien de naissance, Antillais par ses deux parents et Toulonnais d'adoption, le portier de 32 ans a déjà vécu mille vies. « Je pense que toutes les personnes qui ont des parents d'origine étrangère l'ont ressentie. Tu ne sais jamais vraiment où te situer », confie-t-il. « Là-bas, on m'appelait le “petit blanc”. Et ici, on m'a souvent donné du “timal” », ajoute-t-il avec le sourire.
Christopher Dilo découvre le ballon rond « en bas de chez lui, à Sarcelles », dans le 95. « À 5 ans, j'avais déjà une mentalité de compétiteur. Alors, quand on me mettait aux cages, je rentrais à la maison avec les vêtements déchirés », se souvient-il. Son père, lassé de voir ses vêtements abîmés, l'inscrit dans un club. « Je me disais : “Je vais être attaquant, je vais marquer des buts”. Puis mon père arrive et dit à l'entraîneur : “Mettez le gardien de but”. C'est de là que tout part. »
Du PSG à l'Angleterre : une carrière jalonnée de défis
Ses qualités lui permettent de se faire repérer. « J'avais 10 ans, avec Sarcelles on avait battu le Paris Saint-Germain aux tirs au but, dans un gros tournoi de jeunes. C'est de là que le PSG a demandé à mon père si on pouvait les rejoindre », raconte-t-il. À 12 ans, il est admis en préformation dans le club de la capitale. « Cours aménagés », « internat la semaine » et « entraînements quotidiens » : c'est à ce moment qu'il comprend que dans le foot, « il y a peut-être quelque chose à faire ».
Mais cette réussite a aussi son revers. « Chaque été, j'allais dans ma famille en Guadeloupe pendant deux mois… et c'était parfois compliqué », confie-t-il. Le nom du PSG pèse lourd. « J'étais le neveu qui joue au PSG, pas Christopher. On montrait des vidéos de moi alors que, dans ma tête, c'était juste : “Quand est-ce qu'on mange ?” »
« Pas préparé » à cette soudaine reconnaissance, il regrette aujourd'hui un manque « d'éducation financière ». « Mes parents sont des gens normaux qui ont toujours travaillé. Ils étaient loin de ce monde du football professionnel. Si j'ai des regrets, c'est surtout sur le fait de ne pas avoir été préparé à tout ça », explique-t-il. Un rôle de « mentor » lui a manqué, et il s'efforce aujourd'hui de l'endosser à son tour. Preuve concrète de cette volonté de transmettre : lorsqu'il est rencontré, il est au côté de Rayan El Brazi, 17 ans, prometteur gardien du Sporting. « Je veux essayer de lui transmettre toutes ces choses qu'on ne m'a pas données. C'est important pour moi », insiste-t-il.
Une carrière riche et une fierté : la Guadeloupe
De Blackburn en Premier League à Saint Mirren en Scottish Premiership, en passant par Rennes en Ligue 1, Sochaux ou le Paris FC en Ligue 2, Christopher Dilo s'est construit par ses expériences. Une belle carrière qui lui offre même la possibilité de représenter la Guadeloupe. « En 2019, le directeur sportif de la sélection m'appelle et me demande si ça me tente. Il voulait savoir quelle relation j'avais avec la Guadeloupe », se souvient-il. Des questions qui l'amusent : « Je lui dis : “Je parle la langue, je ne suis pas juste quelqu'un qui a l'air d'être de Guadeloupe. Je suis de là-bas. Chez moi, il n'y a pas de R, c'est des W.” »
Il s'envole alors pour son île. « Un pur kif, se souvient-il. J'ai découvert une autre Guadeloupe. Pour moi jusque-là, c'était en famille, à construire la maison, à chasser les moustiques. Et d'un coup, je me rends compte qu'il y a les plages, la fête, c'était top. » Et le football ? « On avait un mix entre des joueurs qui évoluaient en Europe et des locaux. Au début, c'était bizarre. Dans le vestiaire, ça danse, ça chante 40 minutes avant le match. Et puis, très vite, tu t'y fais ! »
Il connaîtra ensuite neuf sélections sous le maillot des « Gwada Boys », avant que son calendrier en club ne l'empêche de postuler à nouveau. « Avec Toulon, je joue pendant les périodes internationales, mais dans tous les cas, ça restera une immense fierté », conclut-il.
Une identité réconciliée et un avenir tourné vers la transmission
Longtemps écartelé entre ses identités multiples, Christopher Dilo a su faire, par le temps et l'expérience, de ses doutes passés « une richesse ». Tout jeune papa « d'une petite Toulonnaise », il rêve aujourd'hui « de lui transmettre » une double culture qui lui a longtemps pesé mais qu'il a finalement appris à aimer. Cette transmission, il la vit déjà au quotidien avec Rayan El Brazi, et il espère que son expérience servira à la nouvelle génération.



