Le Bordeaux étudiant club (BEC) connaît un regain de vitalité marqué par une hausse de ses effectifs, en particulier chez les jeunes, et une qualification en 32e de finale du championnat de France de Régionale 2, ce dimanche 17 mai. Vu de loin, c'est un match de rugby parmi tant d'autres, ce week-end. Vu du BEC, c'est autre chose. Ce 32e de finale contre Labarthe/Lèze (Haute-Garonne) à Sainte-Livrade (14 heures) est la promesse d'une belle aventure de fin de saison, et surtout la concrétisation du renouveau du doyen des clubs universitaires français, qui fêtera ses 130 ans en 2027.
Un club familial et solidaire
« Le BEC rugby vit ou revit, je ne sais pas comment on peut dire, mais il a vécu et survécu », en sourit Éric Lanau. Président de la section rugby depuis 2022, il faisait partie comme joueur de la fameuse équipe championne de France en 1994 qui avait jeté le Bouclier dans la Garonne, dans la plus pure tradition estudiantine du BEC. Son fils Sébastien est l'entraîneur des seniors garçons et son épouse Sandra directrice de l'école de rugby et trésorière adjointe. De gauche à droite : Ghislain Lueza, vice-président du BEC rugby et entraîneur des juniors ; Éric Lanau, président du BEC rugby et vice-président de l'omnisport ; et Laurent-Pierre Castagnéra, président de l'omnisport.
Depuis quatre ans, le club, c'est à la fois fluctuat nec mergitur (il tangue mais ne coule pas) et « Les copains d'abord ». Autour de lui, les vice-présidents Ghislain Lueza et Max Bardet, anciens joueurs, et eux aussi pères de joueurs. Laurent-Pierre Castagnéra, le président de l'omnisport, issu lui de la section hand, complète cette petite équipe soudée qui donne beaucoup de son temps pour raviver la flamme de cette association historique de l'agglomération bordelaise, et au-delà.
Une antenne à Talence
C'est une première pour le rugby à 15 à Talence : une antenne de l'école de rugby du BEC a été mise en place pour les U6, U8 et U10 de 14 à 16 heures chaque mercredi après-midi sur l'un des terrains de la plaine des sports de Thouars. À ce titre, la ville de Talence a voté une subvention de 1 000 euros dans le cadre d'une convention avec le BEC. « L'idée est aussi d'aller dans les écoles », annonce le président du BEC omnisports Pierre-Laurent Castagnéra, également conseiller municipal de Talence.
Cette bande d'amis sait d'où revient le BEC. De très loin. Ils ne comptent pas les obstacles à surmonter ces dernières années : multiples envahissements des terrains par les gens du voyage, fermeture et destruction imminente de l'ancien club-house et trinquet édifié par les licenciés du club selon les plans de l'architecte Pierre Ferret, squat des vestiaires et nouveau club-house vandalisé… Sans terrain attitré pendant plusieurs mois, le BEC a pu compter sur la solidarité des clubs voisins, jusqu'à La Réole en Sud Gironde. Beaucoup auraient jeté l'éponge, mais ils ont tenu bon. Après le titre départemental de Régionale 2 et le barrage d'accession en R1 remporté contre Marans, le match de ce dimanche à Sainte-Livrade récompense leur ténacité.
Une philosophie d'intégration par le sport
« Le BEC, c'est plus qu'un club, c'est une philosophie d'intégration par le sport, du lien social », souligne Ghislain Lueza. Le club met en lumière le nouvel élan du club, symbolisé par la progression du nombre de licenciés : 300 dont 120 pour l'école de rugby, qui a doublé ses effectifs en trois ans, comme on peut le constater chaque mercredi après-midi sur les terrains de Rocquencourt à Pessac. Le tout sans entente avec les clubs voisins, une rareté.
C'est le fruit, et la force, du positionnement unique du BEC au sein de la métropole bordelaise. Contrairement à d'autres structures centrées sur la détection précoce, le club ouvre la porte à tous, néophytes compris. « On considère qu'à 13 ans, on n'est pas fini pour le rugby, on veut que les gens présents soient contents d'être là », résume Ghislain Lueza.
Un club ouvert à tous
Avec 70 % d'étudiants dans l'effectif, le BEC travaille aussi sur la santé mentale avec une table ronde récemment organisée et la sécurité de la pratique, et s'appuie sur un fonctionnement intégralement amateur et un état d'esprit « rugby » écrit noir sur blanc dans une charte des valeurs affichée au club-house. L'autre grande force du BEC, c'est de pouvoir s'appuyer sur un écosystème unique avec l'association des Anciens et amis du BEC. Ce vivier d'anciens joueurs, restés fidèles aux couleurs rouge et noir des décennies plus tard, assure une transmission culturelle permanente et sa survie financière. Les « vieux crampons » du BEC ont récolté 29 000 euros, un petit tiers du budget du club, qui loue ses terrains et l'emplacement du club-house à l'Université de Bordeaux. Avec 40 % de licenciés bordelais et 36 % de Talençais, le BEC veut se positionner comme le club de rugby du sud de la ville de Bordeaux, sans renier son histoire d'institution qui dépasse largement les limites du terrain.



