Alors que le sanctuaire de Lourdes pourrait accueillir le pape Léon XIV à la fin du mois de septembre 2026, retour sur le lien unique entre le Saint-Siège et la grotte de Massabielle. Une relation qui fut longtemps marquée par le secret avant de devenir un rendez-vous majeur de la papauté avec les fidèles.
Les futurs papes à Lourdes : un jardin secret
Bien avant que les hélicoptères blancs du Vatican ne se posent sur la prairie du sanctuaire, Lourdes fut le jardin secret des cardinaux. Entre 1890 et 1978, pas moins de six futurs papes foulent les bords du gave de Pau. De Giacomo della Chiesa (futur Benoît XV) à Achille Ratti (Pie XI), en passant par Eugenio Pacelli (Pie XII) ou Giovanni Battista Montini (Paul VI), tous viennent chercher dans cette ville une source d’inspiration. L’un des passages les plus marquants reste celui d’Angelo Roncalli. Le futur Jean XXIII, alors nonce apostolique à Paris, entretient un lien étroit avec la cité pyrénéenne. En 1958, pour le centenaire des Apparitions, c’est lui qui consacre l’immense basilique souterraine Saint-Pie X, un chef-d’œuvre capable d’abriter des milliers de fidèles. Quelques mois plus tard, il monte sur le trône de Pierre.
1983 : Jean-Paul II brise le protocole
Il faut attendre le 14 août 1983 pour qu’un pape en exercice vienne enfin officiellement à Lourdes. Karol Wojtyła, le « pape voyageur », brise un tabou historique. Pour le 125ᵉ anniversaire des Apparitions, Jean-Paul II préside les célébrations de l’Assomption. Devant une foule immense, il rappelle que Lourdes est le « confessionnal du monde ». Le Pape Jean Paul II à Lourdes les 14 et 15 août 1983. Archives « Sud Ouest ».
Un sanctuaire longtemps tabou
Avant d’être la capitale mondiale de la spiritualité mariale, Lourdes fut un dossier embarrassant. En 1858, les récits de Bernadette Soubirous provoquent la méfiance. Pour l’État français comme pour une Église locale craignant le canular, ces extases frôlent le trouble à l’ordre public ; le sujet est d’abord tabou. Même après la reconnaissance des apparitions en 1862, le Vatican garde une distance prudente. Envoyer un pape en exercice releva longtemps de l’interdit diplomatique et spirituel. Le Polonais revient une seconde fois, le 15 août 2004, dans des circonstances radicalement différentes. Très affaibli par la maladie, il offre au monde une image saisissante : celle d’un souverain pontife s’agenouillant avec peine devant la grotte, se définissant comme « un malade parmi les malades ». Ce pèlerinage ultime, quelques mois avant sa mort, reste gravé dans la mémoire des Bigourdans comme un témoignage de courage et de foi.
Le jubilé de Benoît XVI
En 2008, Benoît XVI s’inscrit dans cette lignée pour le 150ᵉ anniversaire des Apparitions. Le 13 septembre, le pape théologien parcourt le « chemin du jubilé », s’arrêtant au cachot de la famille Soubirous et à la grotte. Moins médiatisée que celle de son prédécesseur mais tout aussi profonde, sa visite souligne l’importance du silence et de la prière dans un monde de plus en plus bruyant. Le 13 septembre 2008, le pape Benoît XVI dans la grotte de Massabielle où Bernadette Soubirous dit avoir eu 18 apparitions de la Vierge Marie. Archives Stéphane Lartigue/ « Sud Ouest ».
La possible venue de Léon XIV en septembre prochain s’inscrit donc dans une continuité séculaire, même si François, pape de 2013 à 2025, ne s’est jamais déplacé en Bigorre. Depuis les premiers dogmes de Pie IX jusqu’aux pas de ses prédécesseurs, chaque visite papale renforce le lien entre le Vatican et la dévotion populaire, la haute théologie et l’humble prière d’une petite bergère des Pyrénées.



