Le trail, discipline alliant course en nature et découverte du patrimoine, connaît un essor spectaculaire en France. Ce dimanche 11 octobre, plus de 6 000 coureurs sont attendus au départ des allées Paul-Riquet pour le Béziers Urban Trail, une épreuve qui illustre parfaitement ce phénomène de masse. Avec environ six millions de pratiquants dans l'Hexagone, la France est devenue le premier organisateur mondial de courses de trail, avec près de 5 900 épreuves recensées l'an dernier.
Un boom aux multiples explications
Ce succès s'explique par une combinaison de facteurs sociologiques, géographiques et économiques, qui ont transformé l'ancien cross en une véritable course nature par excellence. Selon Didier Griveau, président de l'association Trail Rail 34 à Cazouls-lès-Béziers, « les confinements du Covid ont accentué le besoin de liberté, d'espaces grands ouverts et de retour aux sources, agissant comme un formidable accélérateur de pratique. Face au syndrome de l'enfermement, ils se sont échappés dès qu'ils l'ont pu. Le trail est devenu la course nature par excellence. »
Dans l'Hérault, rares sont les week-ends sans course. Le Trail de la Factrice, à Roquebrun, s'impose comme une référence pour accéder à des compétitions de renommée mondiale. Les paysages exceptionnels et variés du département constituent un atout touristique majeur. « Tout le monde y retrouve son compte, explique Didier Griveau. Les amateurs de courses peuvent s'éclater. Il y a un retour pour les commerçants locaux et les communes profitent de cette vitrine pour attirer des touristes. C'est du gagnant-gagnant. Il n'y a qu'à voir les terrasses des cafés les jours de course. »
Une organisation de plus en plus lourde
Mais ce succès a un revers : l'organisation des épreuves devient une véritable usine à gaz pour des raisons de sécurité. Les organisateurs doivent trouver des secours, au moins un médecin, baliser les circuits, et prévoir des moyens d'intervention rapides selon les terrains. Les dossiers administratifs doivent être déposés plusieurs mois à l'avance, ce qui impose des jauges maximales à ne pas dépasser. Toutes ces normes représentent un coût, d'où le prix du dossard que certains jugent parfois élevé.
L'urban trail, un concept qui séduit
Le Béziers Urban Trail, organisé par Benoit Goiset, dirigeant de Yes We Run, mise sur les atouts des communes. Le concept du trail en ville n'est pas nouveau : ce sont des Lyonnais qui ont lancé la première épreuve en pleine cité, malgré un vent de polémique. À Béziers, comme à Nîmes, les collines sont rares pour retrouver l'essence du trail. Alors, les organisateurs ont misé sur les escaliers et les monuments fermés pour attirer les participants. « Nous nous sommes dit qu'il fallait aller plus loin à Béziers, explique Benoit Goiset. Nous avons choisi d'emprunter tous les escaliers de la ville, et il y en a. Nous allons aller à la rencontre des anciens en traversant les Ehpad, mais aussi des habitants et des commerçants. Nous traversons même la salle du conseil municipal. C'est beaucoup de travail, du repérage et des choix. »
Cette année, les demandes des habitants pour ouvrir leurs domaines privés ont été nombreuses. Plus d'un kilomètre du parcours se déroulera chez des particuliers, notamment à travers deux magnifiques bambouseraies, route de Murviel. « C'est un travail à l'année, insiste Benoit Goiset. Cette année, plus de 50 sites seront visités. Du Minotaure, aux sites religieux en passant chez des particuliers. Cette course, elle est ludique et variée. »
Un impact touristique et social important
Le trail en ville ne concurrence pas le trail nature, selon Benoit Goiset : « Hors de question de mettre dos à dos le trail et l'urban trail. On ne recherche pas la même chose, mais on y prend le même plaisir. Le trail est une communion avec la nature alors qu'en ville on visite, on rencontre. On court autrement. » Avec 350 urban trails recensés en France, Béziers figure dans le top 10 de la discipline, derrière Nîmes qui revendique 12 000 participants. Environ 60 % des participants reviennent régulièrement, et nombreux sont ceux qui prolongent leur séjour pour découvrir la ville et ses environs, générant un retour touristique tant attendu par les organisateurs et les communes.