Ce soir, au stade Monumental de Buenos Aires, Lionel Messi portera une dernière fois le maillot de l'Albiceleste face au Bénin. Les 85 000 spectateurs attendus dans l'antre de River Plate s'apprêtent à vivre un moment historique : les adieux du « 10 » argentin, plus de vingt ans après ses débuts en sélection. Un événement qui promet d'être hautement émotionnel, comme l'explique Veronica Brunati, journaliste qui suit Messi depuis ses débuts : « C'est sûr, on va tous pleurer. »
Un adieu chargé d'émotion au Monumental
Veronica Brunati, qui a couvert toute la carrière de Messi en équipe nationale, sera présente dans le stade pour ce dernier tour de piste. Elle rappelle que le joueur a offert à l'Argentine un titre mondial en 2022, deux Copa América et un titre olympique. Mais au-delà des trophées, Messi a marqué le pays d'une manière comparable à Diego Maradona.
Mauro Cetto, ancien défenseur argentin passé par Nantes et Toulouse, souligne la dimension exemplaire de Messi : « Il a réussi à montrer qu'il ne fallait jamais lâcher. Il avait perdu trois finales d'affilée avec la sélection et il a démontré qu'il fallait continuer. C'est quelqu'un qui nous a montrés, à travers le football, que quand on a des objectifs, quand on veut réussir quelque chose, il faut insister, toujours insister. Et ça a été le cas jusqu'à cette dernière Coupe du monde. »
Un leadership dans l'épreuve
Malgré un contexte personnel difficile, avec son père gravement malade puis décédé, Messi a porté son équipe jusqu'à une nouvelle finale de Coupe du monde, sa troisième. Veronica Brunati insiste sur cette dimension : « Cette dimension de Messi comme leader dans le moment le plus difficile de sa vie a créé une situation d'idylle absolue. L'Argentine a été émue de son leadership, de son professionnalisme, de son amour pour le pays et la sélection. Cela est presque plus fort que le titre de 2022. Il a représenté l'Argentine d'une manière différente. »
Le point d'orgue de cette aventure a été la demi-finale remportée face à l'Angleterre, quarante ans après le match légendaire de Maradona marqué par la Main de Dieu et le but du siècle. Cette victoire a pris une dimension particulière dans un contexte politique où l'Argentine réaffirmait sa souveraineté sur les îles Malouines. Brunati analyse : « Messi a toujours été comparé à Maradona, alors que ce sont deux personnalités complètement différentes. Ce match contre l'Angleterre a ajouté un composant mystique qui l'approche un peu de Diego. Ça lui a donné une dimension encore plus grande comme ambassadeur de l'Argentine dans le monde. »
Un symbole d'unité nationale
Fernando Mires, politologue et essayiste, voit en Messi un miroir de la société argentine : « Même s'il est parti à Barcelone à 13 ans, Messi est resté très argentin. C'est un homme de famille, pas comme Diego, et comme tel, il est considéré comme un symbole positif pour l'ensemble de la nation. C'est, en gros, le beau-fils que toute mère rêve d'avoir. Messi est un homme qui reste dans les clous, un miroir de la société argentine et de sa classe moyenne. »
Au-delà du sport, Messi s'est engagé socialement : il a aidé financièrement des hôpitaux, permis à des enfants de venir se soigner à Barcelone et posé en 2014 avec les Grands-Mères de la Place de Mai, qui recherchent leurs petits-enfants disparus durant la dictature militaire (1976-1983). Mires ajoute : « Messi a été un acteur social. Il n'a jamais renié son passé populaire. Messi, grâce à son apolitisme, a réussi au niveau symbolique à unifier la nation argentine. »
Veronica Brunati conclut : « Il y a Diego, Leo et on peut rajouter le pape. Et, s'il n'y avait pas eu Diego, il n'y aurait probablement pas eu Messi. Messi est aujourd'hui dans notre vie quotidienne, il n'y a pas un garçon dans ce pays qui n'a pas son maillot, il n'y a sûrement pas une maison qui n'a pas un bibelot à son effigie. Messi appartient au patrimoine identitaire, social et culturel de l'Argentine. »
Cette fin d'aventure sera plus douce que celle de Maradona, contrôlé positif en pleine Coupe du monde 1994. Cette fois, les vendeurs de mouchoirs ont eu le temps de s'approvisionner pour un adieu qui s'annonce inoubliable.