À l'occasion des Championnats d'Europe de natation à Saint-Denis, l'écart de revenus entre les stars et les autres nageurs de l'équipe de France est flagrant. Selon plusieurs sources, Léon Marchand gagnerait environ 4,5 millions d'euros par an, tandis que la majorité des sélectionnés touchent au mieux 3 000 euros par mois, comme l'indique Jean-Marie Portes, président du club de Canet 66.
Des revenus très inégaux parmi les 26 sélectionnés
Sur les 26 nageurs présents à Saint-Denis, seule une poignée gagne bien sa vie grâce à la natation. En tête, Léon Marchand, 24 ans, a vu ses revenus exploser depuis les Jeux Olympiques de Paris 2024. Outre les primes liées à ses médailles et records, estimées à près de 550 000 euros l'année des JO, le Toulousain a signé ou renouvelé des contrats lucratifs avec Louis Vuitton, Omega, Nike et Porsche. À l'exception peut-être de Maxime Grousset, Florent Manaudou, Yohann Ndoye-Brouard ou Marie Wattel, les autres sont très loin de ces sommes.
Gilles Sezionale, président de la Fédération française de natation (FFN), assume cette réalité : « Aucun ne fait ça pour l'argent, pour gagner sa vie. Aucun ne vous dira ça et je ne l'ai jamais entendu depuis que je suis dans le milieu. Leur but, c'est d'arriver en haut, de monter sur les podiums. » Pourtant, les revenus restent modestes pour la plupart.
Des nageurs contraints à un double projet
Jean-Marie Portes, patron du club de Canet 66, précise : « Hormis quelques athlètes dominants, tous gagnent au mieux 3 000 euros par mois. Et on parle là de garçons et de filles qui sont aux Championnats d'Europe, qui participent aux Jeux Olympiques. » Ces nageurs, qu'il qualifie de « prolos des plans d'eau », mènent souvent un double projet sport-études pour préparer l'après-carrière. « Les meilleurs ont des contrats privés, détaille-t-il. Pour les autres, ce sont souvent les parents qui mettent la main à la poche. »
Les clubs tentent de soutenir leurs athlètes. Au 3MUC (Montpellier Méditerranée Métropole Université Club), les internationaux coûtent entre 20 000 et 25 000 euros par an et par personne. « Ça leur permet juste de vivre, assure le président Philippe Jamet. Ils sont toujours à la recherche d'un mécène pour remplacer celui qui les quitte. Il arrive même parfois qu'on se porte caution pour qu'ils emménagent dans un appartement. On apporte des garanties. »
Un sport professionnel qui s'assume peu
Gilles Sezionale regrette que la natation ne soit pas un vrai sport professionnel : « Nous ne sommes pas un vrai sport professionnel, il faut dire les choses. Chez nous, on ne va pas au spectacle tous les deux jours, comme au football ou au rugby. Il n'y a pas les mêmes ressources en termes de médias ou de sponsors. Pour ces Championnats d'Europe, on a quand même mis en place un système de primes, je ne vous dirai pas le montant. Mais en comparaison, on est très loin de ce que touche par exemple un joueur de foot de Ligue 2. »
Cette situation met en lumière l'engagement des nageurs et le prix à payer pour une médaille. Dans d'autres pays, l'État prend en charge une grande partie des coûts, comme le souligne Gilles Sezionale. En France, les nageurs doivent souvent compter sur le soutien de leurs proches et de leurs clubs pour poursuivre leur carrière.



