Joutes : Faustine Boudou, la Frontignanaise qui collectionne les titres et rêve de la Saint-Louis
Joutes : Faustine Boudou, reine des titres, rêve de Saint-Louis

Faustine Boudou, Frontignanaise de 41 ans, a découvert les joutes sur le tard, à 39 ans, mais elle a déjà remporté six titres en deux saisons. Interdite de pratique par sa mère à l’adolescence, elle a attendu 2024 pour enfiler la tenue de jouteuse et rêve désormais de participer à la Saint-Louis, le tournoi le plus prestigieux de la discipline.

Une passion héritée de famille

Faustine Boudou n’a pas le pied marin, mais elle a les joutes dans le sang. Chez cette Frontignanaise, la tradition remonte à son grand-père Gérard, vainqueur de la coupe en contre à Sète en 1965, à ses cousins d’Agde, à son beau-père Alain Macias, plusieurs fois champion de la Saint-Louis, et à sa mère, qui a elle aussi manié la lance en son temps et passé de longues heures dans le hangar de la Société des jouteurs frontignanais (SJF).

Faustine, elle, est tombée dans le chaudron des joutes toute petite. « J’aime tout : leur prestance, le combat, les tenues… Quand tu les vois, tu ne peux qu’avoir envie d’être à leur place. Les joutes, soit tu les aimes, soit tu ne les aimes pas, il n’y a pas de juste milieu. Quand tu aimes, tu peux rester huit heures dans les tribunes à contempler le spectacle, sous le cagnard, tu t’en fous », confie-t-elle. Mais entre les tribunes ou la tintaine, c’est bien la seconde option qui la tente le plus. Adolescente, elle finit par demander à sa mère de jouter. La réponse est sans appel : « Les joutes, c’est pour les garçons. »

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Un premier pas en 2009, puis quinze ans d’attente

« J’ai compris que c’était inutile d’insister », se souvient Faustine, qui n’ose pas en parler à son beau-père. Celle qui aime par-dessus tout les sports de combat se tourne alors vers la savate boxe française, mais aussi le billard en compétition, tout en continuant de suivre, en simple supportrice des ventres bleus, les tournois de joutes, notamment la Saint-Louis, que tout jouteur languedocien rêve de remporter un jour. « Les jeunes arrivaient dans la nuit et dormaient dans les tribunes pour réserver les places aux anciens. C’était une fête incroyable. On était déchaînés, d’autant que pendant quatorze ans d’affilée les Frontignanais ont remporté le Grand Prix de la Saint-Louis », raconte-t-elle, des étoiles plein les yeux.

En 2009, pour le tournoi du 14 juillet, seul jour où tout Frontignanais peut monter sur la tintaine, elle saisit enfin sa chance : tenue empruntée, adversaire masculin, et premier « bouquet », les deux jouteurs tombant à l’eau. « C’était ma première passe officielle », se souvient-elle. L’aventure s’arrête là pour quinze ans. Faustine part quelques années plus tard dans le Cantal, où elle devient gendarme, loin des quais et des tintaines, avant de revenir au pays.

Des débuts fracassants en 2024

En 2024, alors qu’elle assiste à un tournoi à Frontignan avec sa mère et Stéphanie, secrétaire de la SJF, elle exprime de nouveau son envie de jouter. Sa mère refuse encore, jugeant ce sport trop dangereux, mais Stéphanie parvient à la convaincre de laisser sa fille tenter l’aventure. « Elle m’a fait la licence tout de suite. J’ai signé. J’avais alors 39 ans. C’était parti », raconte Faustine. Sur les trois tournois qui restent de la saison, elle termine 3e du challenge féminin des ventres bleus à Frontignan et remporte le challenge féminin Guy Combes à Valras-Plage. Seul le tournoi de Caramus lui échappe.

En 2025, elle dispute tous les tournois de la saison. L’année de ses 40 ans, elle décroche quatre premiers prix : à la féria de Nîmes, au défilé du port de pêche au Grau-du-Roi, au tournoi d’Aigues-Mortes et à l’ouverture des juniors à Mèze. Elle gagne alors le respect des jouteurs, dans un milieu qui reste encore très masculin et où certaines sociétés de joutes continuent de fermer leurs portes aux femmes. « Avec le temps, la présence des femmes finira par être acceptée mais, pour y arriver, il faudra que nous soyons plus nombreuses », estime-t-elle.

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Deux nouveaux titres et des rêves plein la tête

Moins assidue sur les tournois cette année, elle n’en repart pas moins avec deux nouveaux titres : la Saint-Pierre de Valras en juin, remportée face à un homme, et le challenge féminin des ventres bleus de Frontignan, qui lui tenait particulièrement à cœur. Dans les gradins, sa fille de sept ans, sa nièce, sa mère, sa cousine et la fille d’une amie ne manquent jamais de venir la soutenir.

Désormais, elle nourrit deux rêves : voir les femmes intégrer la Ligue de joutes languedociennes et participer un jour à la Saint-Louis, réservée uniquement à celles inscrites à Sète. Pour y parvenir, elle envisage de changer de club. « Je sais que je ne jouterai pas à 50 ou 55 ans. Je veux avoir l’occasion de vivre une Saint-Louis. Ayant commencé sur le tard, c’est donc maintenant. La Saint-Louis, c’est le Graal, le tournoi ultime, qui te permet de marquer ton nom à jamais dans le monde des joutes. » Gageons qu’elle y parviendra.