Athlétisme : un guide contre les plans télé sexualisant les sportives
Athlétisme : un guide contre les plans télé sexualisant

À quelques semaines des Championnats d'Europe d'athlétisme, qui se tiendront à Rome du 7 au 12 juin, un guide inédit vient d'être publié à destination des médias et des diffuseurs. Son objectif : éviter les plans télé qui sexualisent les corps des sportives. Cette initiative, portée par plusieurs organisations, dont l'Association internationale des fédérations d'athlétisme (World Athletics) et des associations de journalistes sportifs, entend lutter contre la couverture stéréotypée des athlètes féminines.

Un constat alarmant sur la couverture médiatique

Selon une étude citée dans le guide, 40 % des images diffusées lors des grands événements d'athlétisme montrent les sportives sous des angles mettant l'accent sur leur apparence physique plutôt que sur leurs performances. Les plans insistants sur les corps, souvent pris à leur insu, sont particulièrement pointés du doigt. Ce phénomène, dénoncé depuis des années par les athlètes, a des conséquences concrètes sur leur image et leur carrière.

Le guide, intitulé « Filmer le sport au féminin : pour une couverture respectueuse », propose des recommandations pratiques : privilégier les plans larges pendant les épreuves, éviter les ralentis sur des parties du corps non essentielles à la performance, et bannir les commentaires sexistes. Il rappelle également que les sportives sont avant tout des athlètes et que leur corps est un outil de performance, non un objet de désir.

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Des athlètes soutiennent l'initiative

Plusieurs athlètes de renom ont apporté leur soutien à cette démarche. La sprinteuse française Myriam Soumaré a déclaré : « Il est temps que les médias nous montrent comme des compétitrices, pas comme des mannequins. Ce guide est un pas dans la bonne direction. » De son côté, la championne d'Europe du 100 m haies, Cyréna Samba-Mayela, a insisté sur l'importance de la formation des réalisateurs et des cadreurs : « Beaucoup de ces plans sont faits par méconnaissance, pas par mauvaise intention. Ce guide va aider à changer les mentalités. »

L'initiative est également saluée par des organismes comme le Comité national olympique et sportif français (CNOSF), qui y voit un outil pour promouvoir l'égalité femmes-hommes dans le sport. « Le sport est un miroir de la société, et il est essentiel que les médias reflètent la réalité des performances féminines, sans filtre sexiste », a affirmé une porte-parole.

Un guide pratique pour les professionnels des médias

Le guide de 24 pages est destiné aux rédactions, aux réalisateurs, aux cadreurs, mais aussi aux commentateurs. Il contient des exemples concrets de bonnes et de mauvaises pratiques, des check-lists avant diffusion, et des rappels sur le cadre légal concernant le droit à l'image. Il sera distribué lors des Championnats d'Europe et mis en ligne gratuitement sur les sites des organisations partenaires.

Cette publication s'inscrit dans un mouvement plus large de lutte contre le sexisme dans le sport. En France, des études récentes ont montré que les sportives ne bénéficient que de 15 % du temps d'antenne consacré au sport, et que les commentaires sur leur physique représentent 20 % des remarques qui leur sont adressées, contre 4 % pour les hommes. Des chiffres qui motivent les actions de sensibilisation.

Vers une couverture plus égalitaire des Jeux de Paris 2024

À l'approche des Jeux olympiques de Paris 2024, cette initiative prend une dimension particulière. Les organisateurs souhaitent que ces Jeux soient les premiers véritablement égalitaires, avec autant d'athlètes femmes que d'hommes. Le guide sera donc un outil précieux pour les médias du monde entier qui couvriront l'événement. Selon les auteurs, il s'agit de « changer durablement les pratiques » et de faire en sorte que les sportives soient traitées avec le même respect que leurs homologues masculins.

Les réactions sont positives dans le milieu. Plusieurs chaînes de télévision ont déjà annoncé qu'elles intégreraient ces recommandations dans leurs dispositifs de couverture des Championnats d'Europe. C'est le cas notamment de France Télévisions, diffuseur officiel de l'événement, qui a salué une « initiative nécessaire » et promis de « veiller à ce que les réalisations respectent ces principes ».

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En attendant, les athlètes espèrent que ce guide aura un impact concret. Comme le résume Myriam Soumaré : « Nous ne demandons pas un traitement de faveur, juste un traitement juste. »