« 2 000 € pour un objet qui traîne au fond du garage, ça peut valoir le coup ! » C’est le message que veulent faire passer Me Jean-Christophe Giuseppi et Me Bertrand de Latour, commissaires-priseurs de l’hôtel des ventes de Montpellier. Ils viennent d’installer un bureau d’estimation place de La Canourgue, avec l’ambition de dénicher les trésors cachés des Montpelliérains.
Trente ans après son départ de la rue Baudin, à quelques pas de la place de la Comédie, l’hôtel des ventes de Montpellier s’apprête à renouer avec le cœur historique. Il ne s’agit pas d’abandonner les vastes locaux des Grisettes, mais plutôt « de remettre un pied dans le centre pour faciliter le contact avec nos clients », explique Me Giuseppi.
Un bureau d’estimation place de La Canourgue
Avec son confrère Bertrand de Latour, il guettait depuis plusieurs années les opportunités immobilières. La bonne s’est présentée place de La Canourgue. Mi-novembre, les commissaires-priseurs ouvriront un bureau d’estimation au pied de l’Hôtel de Sarret, « dans un bâtiment et des locaux qui ont une histoire ». Ce lieu fut longtemps le repaire de Marc Soulier, célèbre antiquaire montpelliérain, spécialiste des étoffes, décédé en 2023.
Cette antenne locale doit permettre aux commissaires-priseurs de repérer les petits trésors conservés par les particuliers. Au-delà du fameux masque Fang adjugé 4,2 millions d’euros, du bronze de Camille Claudel à 180 000 € ou du Soulages vendu 1,3 million, Me Giuseppi et De Latour s’intéressent « à tous les objets, notamment ceux qui ont une valeur patrimoniale ».
Des objets de valeur parfois insoupçonnée
Parmi les propositions qui atterrissent sur leurs bureaux : des tableaux, de l’orfèvrerie et toutes sortes de petits objets. Avec parfois de bonnes surprises… et quelques désillusions. « Soyons honnêtes, on ne nous apporte pas tous les jours une pièce inestimable. Les trésors sont rares, et il faut partir du principe que pour des objets du XXe siècle, les choses qui valent cher aujourd’hui avaient déjà un prix élevé lors de leur premier achat. Il faut venir sans idées reçues, en espérant une belle surprise. »
Jean-Christophe Giuseppi cite ce vase en pâte de verre finalement adjugé pour 8 000 €. « Même 2 000 €, pour quelque chose qui traîne au fond du garage, ça peut valoir le coup ! »
Un rôle de médecin généraliste
L’expert se charge parfois d’annoncer les mauvaises nouvelles, quand l’argenterie de la grand-mère n’est que du métal argenté ou que le tableau d’un maître se révèle être un faux. « C’est un cas de figure qui se présente régulièrement sur des peintres ayant eu beaucoup d’élèves dans leurs écoles. Des Courbet signés par des disciples, même vendus par des marchands d’art, il y en a un certain nombre. Nous avons un rôle de médecin généraliste. On observe, on pose un diagnostic et on oriente éventuellement vers un spécialiste. » En l’occurrence, les comités d’identification chargés de délivrer des certificats d’authenticité.
Si la quête des objets d’art se passe toujours sur le terrain, leur vente se fait désormais majoritairement en ligne. « Internet, c’est jusqu’à 80 % de nos ventes, quand on tournait plutôt autour des 40 % à notre arrivée en 2019. » L’épidémie de Covid est passée par là, mais les antiques ventes aux enchères n’ont pas pour autant pris la poussière. « Il y a un véritable engouement du grand public qui, s’il ne se déplace plus forcément dans les salles des ventes, se passionne pour l’activité, notamment grâce aux émissions de télé. »
Prochaine vente : l’école de Nice aux enchères
Samedi 25 octobre, dès 14h, l’hôtel des ventes proposera une vente consacrée à Jean Ferrero, photographe, galeriste et collectionneur compulsif, très proche des artistes de l’École de Nice. Des œuvres signées Ben, César, Arman ou Claude Gilli, ainsi que des objets d’art africains et océaniens, seront mis en vente. En 2013, Jean Ferrero avait fait don de plus de 850 pièces à la ville de Nice, avant que le musée Masséna ne consacre une exposition à « Jean Ferrero & Friends ».



