En 1976, la direction des usines Peugeot de Lille a licencié le docteur Alain Thilliez, médecin du travail, estimant que sa pratique médicale constituait « une entrave au développement de la production ». Ce licenciement a déclenché une affaire nationale, largement débattue au Congrès national de la Médecine du Travail qui s'est tenu du 9 au 12 juin à Lyon.
Un médecin trop zélé pour la direction
Le docteur Thilliez avait pour objectif de « faire en sorte que les travailleurs puissent prendre leur retraite en bon état », comme il le déclarait. Cette approche, honnête mais jugée gênante par la direction, contrastait avec les attentes patronales. Selon la direction de Peugeot, sa pratique médicale entravait le développement de la production.
Ce n'était pas la première fois qu'un médecin du travail était remercié pour son zèle, mais le docteur Thilliez a refusé de se laisser faire. Son cas a été porté devant le Congrès national de la Médecine du Travail, suscitant un large débat sur le rôle des médecins en entreprise.
Un contexte de tensions sociales
Dans les années 1970, la médecine du travail était souvent perçue par les employeurs comme un obstacle à la productivité. Les médecins consciencieux, soucieux de respecter le Code du Travail et de protéger la santé des ouvriers, pouvaient être considérés comme des « bêtes noires » par les patrons.
L'affaire Thilliez illustre ces tensions. Alors que le médecin estimait que son rôle n'était pas d'assurer une meilleure productivité, mais de préserver la santé des travailleurs, la direction de Peugeot voyait dans son action un frein à la production.
Un débat national
Le cas du docteur Thilliez a été largement discuté lors du Congrès national de la Médecine du Travail à Lyon. Les participants ont souligné l'importance de l'indépendance des médecins du travail face aux pressions patronales. Selon Mariella Righini, journaliste au Nouvel Observateur qui a couvert l'affaire le 21 juin 1976, ce licenciement a révélé les contradictions entre les exigences de productivité et la protection de la santé des salariés.
L'affaire a également mis en lumière la fragilité des médecins du travail, souvent isolés face à des directions d'usine peu enclines à tolérer des pratiques jugées trop strictes.
Conséquences et héritage
Bien que le docteur Thilliez ait été licencié, son combat a contribué à une prise de conscience sur l'importance de la médecine du travail. Les débats de 1976 ont renforcé la nécessité de protéger l'indépendance des médecins et de garantir le respect du Code du Travail.
Aujourd'hui encore, la médecine du travail reste un enjeu crucial dans les relations entre employeurs et salariés. L'affaire Thilliez demeure un exemple des tensions historiques entre productivité et santé au travail.



