« Les évaporés » : Alexia Barlier explore le droit de disparaître
« Les évaporés » : Alexia Barlier explore le droit de disparaître

Dans la nouvelle série de France Télévisions, « Les évaporés », Alexia Barlier incarne Esther Bazin, une capitaine de police dont le mari disparaît soudainement et sans explication. Selon la loi, son mari, étant majeur et sain d'esprit, a le « droit fondamental » de disparaître, et aucune enquête de police ne peut être lancée. Face à cette impasse, Esther, aidée par son supérieur et ami Dominique, rencontre deux civils membres du Groupe de Recherche des Disparitions Volontaires (GRDV).

Un personnage entre devoir professionnel et blessure personnelle

Alexia Barlier explique comment elle a travaillé sur la dualité d'Esther, à la fois touchée personnellement par ces disparitions et professionnelle de la police. « J'ai trouvé intéressant qu'elle soit à la fois flic et enquêtrice avec une grosse expérience. Cela fait 20 ans qu'elle travaille dans la police, elle a mené de très grosses enquêtes. Mais là, elle recherche son mari et, potentiellement, il y a aussi une blessure de femme. Est-il parti pour quelqu'un d'autre ? Que s'est-il passé ? Beaucoup de sentiments et d'émotions se mélangent. »

L'actrice souligne également l'évolution de son personnage : « Ce qui est intéressant aussi, c'est le fait qu'elle aide Frankie et Douma, du GRDV, sur d'autres cas. C'est fascinant de voir comment ces autres affaires la touchent par rapport à sa propre blessure et à ce qu'elle vit avec la disparition de son mari. Je trouve passionnant de voir comment Esther évolue. Au départ, elle prend le parti des familles des “victimes” parce que c'est sa propre position face à la disparition de Mathias. Petit à petit, elle va davantage se mettre à la place des disparus volontaires et comprendre leur choix. Elle gagne en tolérance des deux côtés, tout en faisant son cheminement par rapport à son mari. S'il est parti, il y a une raison, et c'est peut-être égoïste de s'obstiner à lui imposer un contact. Toute cette évolution et ce questionnement intérieur font d'Esther un très beau personnage. »

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Le droit de disparaître : une question de société

La série confronte deux visions : le droit à l'oubli pour ceux qui disparaissent volontairement et le besoin de savoir des familles. Alexia Barlier confie : « Je comprends tout à fait les deux points de vue. Étant maman de deux jeunes enfants, je penche naturellement du côté des familles, car je trouve terrible de vivre dans le doute. Cependant, je pense qu'on a le droit de disparaître. Il y a de multiples raisons qui font qu'une situation devient si insoutenable qu'on ne voit d'autre solution que la fuite. »

Elle ajoute : « C'est une décision très douloureuse pour la personne qui part. Mais pour la famille, ne pas avoir au moins la garantie que la personne n'est pas en danger, ne pas trouver une simple lettre d'explication, c'est effroyable. Comme Esther, ma vision évolue et je me dis que c'est du cas par cas. Néanmoins, si l'on décide de partir, la moindre des choses est de laisser un mot avec un début d'explication, plutôt qu'un simple “Je suis désolé” comme le fait Mathias. Ne serait-ce que pour tourner la page… »

Le « deuil blanc » et le vide juridique

L'actrice évoque également le concept de « deuil blanc » : « Comme il n'y a pas de corps à enterrer, il n'y a qu'une inconnue. Les gens ne peuvent pas avancer. » Elle précise : « C'est d'ailleurs ce que j'explorais déjà un peu dans Sophie Cross. Quand le fils de Sophie disparaît, enlevé, c'est une torture mentale. Tant qu'on n'a pas de preuve de décès, on vit dans l'espoir permanent que la personne est vivante et qu'on va la retrouver. »

En France, environ 50 000 disparitions sont signalées chaque année, dont 5 000 à 10 000 sont des disparitions volontaires. Alexia Barlier souligne : « C'est énorme ! Avant la série, je ne me rendais pas compte à quel point il est dur pour les familles de voir que la police ne peut pas du tout enquêter sur une disparition volontaire s'il n'y a pas de “circonstances inquiétantes”. Le GRDV existe vraiment et une loi stipule effectivement que les policiers ne peuvent pas enquêter sur les disparus majeurs volontaires. C'est un vide juridique extrêmement difficile à comprendre pour les proches… »

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Interrogée sur la manière dont la police détermine si une disparition est inquiétante, elle répond : « Ce n'est pas évident. C'est tellement tragique de voir quelqu'un disparaître du jour au lendemain. L'existence du GRDV est totalement justifiée : en tant que civils agissant hors procédure, ils ont les coudées franches pour faire le lien là où les policiers sont coincés par des protocoles stricts. »

« Les évaporés » est disponible sur France.tv.