Victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC) à la naissance, Grégory Mouyen est hémiplégique et épileptique. En 2021, il s'est vu retirer son allocation aux adultes handicapés (AAH) au motif qu'il pratique la course à pied de façon soutenue. Après cinq ans de procédure judiciaire, il vient d'obtenir gain de cause.
Un parcours semé d'embûches
Âgé de 44 ans, Grégory Mouyen souffre de crises d'épilepsie, séquelles de son AVC. « Trois facteurs peuvent provoquer mes malaises épileptiques : les efforts, la fatigue et la contrariété. Maintenant, j'en fais presque tous les jours, parfois trois fois par jour. Mentalement, j'étais au fond du trou avec cette affaire. Avant, j'en faisais trois à quatre par semaine », confie-t-il.
Il montre deux cicatrices, l'une sur son front, l'autre sur son menton. « Dans un salon de thé, je suis tombé de toute ma hauteur et j'ai explosé la vitrine. J'ai également cassé la télévision de ma mère. » Sa plus grosse frayeur remonte à une chute dans sa douche, où il a passé « quinze minutes à convulser ».
Des limitations quotidiennes
Paralysé du côté gauche, il ne peut se servir de son bras et de sa main gauches. Sa jambe gauche, plus courte de quelques centimètres, n'est pas musclée, ce qui le fait « boiter beaucoup ». Des gestes simples comme couper sa viande, s'habiller, conduire, nouer ses lacets ou mettre du déodorant lui sont impossibles.
Il évoque ses troubles cognitifs avec un sourire fataliste : « J'ai un cerveau en moins. Il fonctionne au ralenti. » Malgré ses difficultés d'élocution, il dégage un charisme certain. « Il est très attachant », souligne son avocate, Me Juliette Giard.
Un soutien familial indispensable
Sa famille s'est organisée autour de lui. Sa sœur a vécu en dessous de chez lui pour lui porter assistance en cas d'alerte. Quand il redoute une récidive après une journée fatigante, il dort chez sa mère. Depuis 2014, il travaille en CDI chez Handicall, un centre d'appel employant majoritairement des personnes handicapées. « Mes amis sont toujours là pour moi, ils m'appellent toutes les quatre secondes pour savoir comment je vais », dit-il.
Le retrait de l'AAH
En novembre 2021, la Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la Gironde lui a retiré son AAH et sa carte mobilité inclusion (CMI), estimant son taux d'incapacité entre 50 et 79 %, alors qu'il était auparavant évalué à plus de 80 %. Ce seuil donne droit à davantage de prestations.
Son avocate, Me Giard, pensait à une erreur de dossier : « J'étais persuadée que ça allait rentrer dans l'ordre rapidement. » Mais la MDPH a refusé la résolution amiable, menant à un long recours en justice. La première expertise médicale a conclu à un taux supérieur à 80 %, mais la MDPH a demandé son annulation au motif que l'expert avait été son médecin dans les années 1990.
Les arguments de la MDPH
La défense de la MDPH reposait sur deux arguments : son travail à plein temps en milieu ordinaire et sa pratique sportive jugée incompatible avec ses limites physiques. La MDPH a cité des articles de presse et des émissions relatant ses exploits sportifs, comme ses 30 marathons et six participations au Marathon des Sables.
Grégory Mouyen précise : « Je ne suis pas un champion éthiopien. Pour un marathon, il me faut entre 6 et 7 heures. À la MDPH, que savent-ils de ma vie de tous les jours ? Quand je marche seul, je dois m'asseoir toutes les cinq minutes. »
Une victoire judiciaire
Le second expert a conclu à un taux d'incapacité de 85 %. Le tribunal a retenu que la MDPH n'a pas produit d'éléments médicaux contredisant l'expertise et lui a accordé l'AAH sans limitation de durée, ainsi que la CMI à titre définitif. La MDPH n'a pas fait appel.
Grégory Mouyen, surnommé le « Forrest Gump » français, continue de courir, mais avec des accompagnateurs. Le 4 juin, il participera à un ultra-trail à Madagascar. Sa force de caractère est saluée, mais son handicap reste bien réel.



