Depuis le 28 septembre 2026, les lycéens azuréens composent avec une matière supplémentaire dans leur emploi du temps : l'incertitude. Entre blocages, mouvements de grève et cours à distance, ils doivent jongler avec leurs revendications et les échéances des examens. Face à cette situation, les professionnels du soutien scolaire sur la Côte d'Azur observent une réalité bien connue : le non-remplacement des enseignants dans les établissements, un phénomène qui les mobilise depuis plusieurs années.
Des inscriptions stables mais un impact attendu
Pour l'heure, il est encore trop tôt pour mesurer l'impact des blocages sur la demande de soutien scolaire. Les parents attendent de faire le bilan des heures d'enseignement perdues et des lacunes dues à ces interruptions, indique Verena Artaux-Deloche, directrice de Cours Ados à Antibes. « Tant que c'est encore flou, c'est compliqué pour les familles et même pour nous d'organiser les choses de manière pérenne », explique-t-elle.
Les inscriptions restent donc stables. « Il est difficile de distinguer les demandes liées au blocage et les demandes habituelles », souligne Nabil Nasser, à la tête de My Profess'or installé au Cannet, à Cannes et bientôt à Saint-Laurent-du-Var. Après un mois de cours et les premières notes, la période est traditionnellement propice au recours aux cours particuliers, fait savoir le dirigeant. Mais Verena Artaux-Deloche en est certaine : l'impact existera bel et bien. La continuité pédagogique initiée avec des cours à distance interroge les foyers.
Le non-remplacement des enseignants, un mouvement de fond
C'est surtout face à un mouvement de fond que les professeurs particuliers œuvrent depuis des années : le non-remplacement des enseignants dans les établissements. Si le gouvernement a promis 3 000 enseignants titulaires remplaçants affectés et des contractuels recrutés, le sujet reste prégnant. « On rencontre des parents assez inquiets qui se tournent vers nous afin de combler les lacunes de l'Éducation nationale », témoigne Diana Ferkoun, gérante d'Etudia à Nice.
Une partie des demandes ne concerne plus seulement des élèves en difficulté, mais aussi des jeunes qui n'ont tout simplement pas bénéficié de tous leurs cours. Une solution qui suppose toutefois que les familles puissent en assumer le coût, même si des offres moins onéreuses, comme les cours en petits groupes, peuvent être proposées. « On a eu des années où il n'y avait pas de prof de maths pendant sept mois, pas de prof de français malgré le baccalauréat », raconte Nabil Nasser, qui le dit clairement : « Dans certains cas, on prend le rôle du professeur pour assurer le programme entier. »
Parcoursup et fake news : un contexte anxiogène
Une situation que connaît bien Jimmy Vivante, à la tête d'École Vivante à Menton : « Les élèves qui n'ont pas de profs sont un peu plus paniqués. Le contrôle continu les inquiète également. » Ajoutez à cela la nébuleuse Parcoursup qui cristallise les angoisses des adolescents. Face à la plateforme nationale d'accès à l'enseignement supérieur, les Terminales doivent faire des choix décisifs.
« On demande à des gamins qui ne savent pas ce qu'ils vont manger ou comment ils vont s'habiller le lendemain de choisir ce qu'ils veulent faire toute leur vie. C'est très violent pour eux », affirme Nabil Nasser, qui invite les parents à ne pas accroître la pression qui pèse déjà sur leurs enfants et à privilégier une approche progressive. Le tout, dans un contexte instable. « C'est très anxiogène, avec son lot de fake news qui circulent sur les réseaux sociaux, comme quoi les épreuves du bac seront annulées ou différentes », complète Jimmy Vivante, qui, tout comme ses consœurs et confrères, représente une oreille attentive aux craintes des lycéens. Gagner en confiance dans ses capacités, avoir une vision d'avenir : des challenges de taille à un âge où l'on se construit.