Procès Karaa : 20 000 € pour ne pas témoigner, la révélation choque la cour
Procès Karaa : 20 000 € pour ne pas témoigner

La cour criminelle départementale de l'Hérault a été le théâtre d'une révélation choc ce mercredi 14 octobre : trois jeunes femmes, parties civiles au procès d'Alexandre Karaa, ont affirmé avoir reçu des propositions financières pour ne pas venir témoigner. L'une d'elles, Gabrielle, a déclaré : « Mon silence ne valait pas 20 000 € ». Le président Eric Emmanuelidis a suspendu l'audience et convoqué les avocats dans son bureau.

Des récits insoutenables à la barre

Alexandre Karaa, 40 ans, ancien directeur d'un centre médico-social de Castelnau-le-Lez, est jugé pour le viol de six jeunes femmes rencontrées sur le site de rencontres Meetic entre 2016 et 2023. Les victimes, toutes âgées de moins de 25 ans, décrivent des pratiques sexuelles extrêmes et humiliantes imposées dès les premières rencontres. L'une d'elles, Muriel, 25 ans, raconte : « Ça piquait, ça puait, c'était dégueulasse, face à cet homme, je pouvais faire quoi ? J'étais son jouet, comme s'il avait ramené chez lui une poupée ».

Gabrielle, 21 ans au moment des faits en 2022, a dû s'asseoir pour témoigner, reprenant son souffle entre chaque mot. « Il m'envoyait des messages, ma déesse, ma douceur », se souvient-elle. Une autre victime, Alice, a lancé à l'accusé : « Tu n'es plus un homme libre, mais un violeur enfermé, et nous sommes des femmes avec des plaies béantes, mais des femmes libres ».

Des offres d'argent révélées à l'audience

La révélation est survenue lorsque Gabrielle a évoqué une proposition faite par Me Bruza, l'avocat d'Alexandre Karaa, à son avocate Me Manzi. « C'est Me Bruza, l'avocat d'Alexandre qui l'a proposé à Me Manzi mon avocate pour pas que je vienne témoigner », a-t-elle affirmé. Le président Emmanuelidis a réagi : « Mais de quoi on parle ? La subornation de témoin, ça existe ! » L'audience a été suspendue et les deux avocats convoqués dans son bureau.

À la reprise, le magistrat a précisé avoir noté les explications des avocats, évoquant des « courriers transactionnels entre eux ». Alice a alors ajouté : « J'ai également reçu une proposition d'argent, Muriel aussi. Moi, c'était 10 000 €, puis 20 000 €. Apparemment, c'est légal, mais c'est immoral et honteux ». Le président a fait acter : « En quarante ans de carrière, je n'ai jamais vu ça ».

L'accusé minimise et le verdict attendu

Interrogé sur l'initiative de ces offres, Alexandre Karaa a répondu : « Non, c'est Me Bruza ». Interrogé sur le financement des 60 000 € évoqués, il a indiqué : « La famille ». En fin d'audience, il a présenté des excuses : « Soyons clairs, mes pratiques, c'est dégueulasse, je suis allé trop loin, cependant, à aucun moment pendant le rapport je n'ai eu un élément qui a pu me permettre de voir qu'elles passaient un mauvais moment ».

Le verdict est attendu ce jeudi. Les victimes, elles, ont affirmé leur dignité : « Ma dignité n'a pas de prix et mon silence ne valait pas 20 000 €, ça ne sert à rien de proposer de l'argent pour pas qu'on vienne », a conclu Gabrielle.