Contrôle technique : l'Ouest champion des contre-visites
Contrôle technique : l'Ouest champion des contre-visites

Près de 4,3 millions de véhicules ont été déclarés non conformes lors des contrôles techniques réalisés en France l'an dernier, soit un taux global de contre-visites de 19,30 %. Ce chiffre, issu du bilan de l'Organisme technique central, masque toutefois de fortes disparités régionales : les départements de l'Ouest affichent les taux les plus élevés, tandis que l'Île-de-France enregistre les plus faibles.

Un taux de refus stable mais élevé

Sur les quelque 27,6 millions de contrôles techniques effectués en 2024 par les 6 784 centres agréés en France, près de 4,3 millions ont donné lieu à une contre-visite. Le taux global s'établit à 19,30 %, avec des variations selon le type de véhicule : 18,92 % pour les voitures particulières et 22,39 % pour les véhicules utilitaires, selon le bilan de l'Organisme technique central.

L'âge du véhicule reste un facteur déterminant : 80 % des véhicules recalés ont plus de 10 ans. Mais la négligence des propriétaires joue aussi un rôle important. « C'est très souvent de la négligence avec des gens qui se pointent avec des ampoules grillées, des phares mal réglés ou des pneus usés, confirme le gérant d'un centre du Pays de Retz (Loire-Atlantique). Alors qu'avec un minimum d'entretien, leur véhicule serait passé. Mais les mentalités changent et beaucoup de conducteurs ne soulèvent même plus leur capot pour vérifier les niveaux avant de partir pour un long trajet. »

L'Ouest en tête, l'Île-de-France en queue

Le bilan de l'Organisme technique central révèle des écarts significatifs entre les territoires. Trois départements de l'Ouest arrivent en tête du classement des contre-visites pour les voitures particulières : l'Ille-et-Vilaine (27,64 %), la Loire-Atlantique (26,75 %) et le Maine-et-Loire (25,68 %). À l'inverse, les sept départements franciliens affichent les taux les plus faibles de France, comme le Val-d'Oise (9,77 %) ou la Seine-Saint-Denis (10,46 %), les chiffres étant similaires pour les utilitaires.

Plusieurs explications sont avancées par l'étude du distributeur de pièces auto Winparts, qui a analysé les données de l'Organisme technique central. L'âge moyen du parc automobile en Île-de-France est plus jeune que la moyenne nationale. « Il y a beaucoup d'offres, le parc se renouvelle plus vite, souligne Frédéric Guebhard, gérant d'un centre de contrôle technique Autovision à Osny (Val-d'Oise). Il y a aussi une part plus importante de véhicules électriques et hybrides, donc plus récents, et de véhicules d'entreprises avec un turn-over plus rapide que ceux des particuliers. »

Climat, concurrence et contrôles de gendarmerie

La concentration de garages et d'ateliers de réparation en Île-de-France faciliterait également le passage du contrôle technique. « Dans un rayon de deux kilomètres ici, on peut facilement avoir trente ou quarante garages, explique Frédéric Guebhard. Avant d'arriver chez nous, les automobilistes ont donc plus de possibilités d'effectuer des révisions, ce qui fait diminuer le nombre de contre-visites. » Même dans l'Ouest, l'écart entre zones rurales et urbaines est notable, avec plus de véhicules recalés à la campagne.

Le gérant d'un centre de contrôle en Loire-Atlantique évoque une présence moins visible des forces de l'ordre. « Comme il y a moins de contrôles, les gens finissent par oublier, et on voit débarquer des véhicules dont le contrôle technique a expiré depuis plus de six mois », souligne-t-il. Le climat est aussi pointé par Winparts : l'exposition prolongée à l'humidité et au sel marin accélère la corrosion des pièces métalliques, jusqu'à les perforer parfois, ce qui pénalise les régions côtières comme la Bretagne ou les Pays-de-la-Loire.

Des pratiques plus laxistes en Île-de-France ?

Pour un responsable d'un centre de contrôle breton qui préfère rester anonyme, « tous ces facteurs n'expliquent pas tout ». Il avance une raison moins avouable : « Là-bas, cela peut se passer mal quand le contrôleur dresse un procès-verbal défavorable. On entend parler d'agressions, de bagarres, et donc il peut y avoir des petits arrangements avec le client pour que ça passe. Il y a aussi plus de concurrence entre les centres, et donc certains peuvent se montrer un peu plus laxistes pour ne pas perdre des clients. »

Frédéric Guebhard balaye ces accusations : « Ce sont des légendes urbaines, s'agace-t-il. Bien sûr qu'on n'est pas moins regardant qu'ailleurs. On est déjà soumis à tout un tas de contrôles de la part de la préfecture, de la direction régionale de l'environnement et de notre réseau. Et les risques sont trop grands si on délivre un faux document ou un contrôle technique de complaisance. On met déjà en danger la sécurité du conducteur et on engage aussi notre responsabilité avec de grosses sanctions à la clé, comme la fermeture du centre. »

Face à des clients parfois furieux, la pédagogie reste la meilleure arme. « Il faut leur expliquer pourquoi leur véhicule ne passe pas en insistant sur le fait que c'est pour leur sécurité, témoigne un gérant d'un centre dans le Val-d'Oise. Quand on a le bon discours, cela se passe bien dans 99 % des cas. Après, certains ne veulent rien entendre et veulent que leur véhicule passe à tout prix. Ceux-là, je leur dis direct d'aller voir un autre centre car on ne peut pas se permettre de faire n'importe quoi. »