La proposition d’un port obligatoire du casque à vélo, défendue par la ministre des Transports, suscite une vive controverse. Dans une tribune publiée par Libération, des collectifs de cyclistes et des experts en mobilité dénoncent une mesure qu’ils jugent inefficace et dangereuse pour la promotion du vélo. Selon eux, cette obligation risquerait de réduire la pratique du vélo, pourtant encouragée dans le cadre de la transition écologique.
Une mesure contre-productive pour la sécurité
Les signataires de la tribune rappellent que les études internationales montrent que le port du casque obligatoire n’a pas d’impact significatif sur la réduction des accidents graves. Au contraire, ils citent des données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indiquant que les pays ayant imposé le casque ont vu une baisse de l’usage du vélo, sans amélioration notable de la sécurité. En France, où le vélo connaît un essor récent, une telle mesure pourrait freiner cette dynamique.
Le collectif souligne que les principaux risques pour les cyclistes viennent des collisions avec des véhicules motorisés, et non des chutes seules. « Le casque ne protège pas contre un choc avec une voiture lancée à 50 km/h », explique un porte-parole de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB). « La priorité devrait être d’aménager des pistes cyclables sécurisées et de réduire la vitesse des voitures en ville. »
Un frein à la pratique du vélo
Les opposants à l’obligation avancent que le casque peut dissuader les cyclistes occasionnels, notamment ceux qui utilisent des vélos en libre-service. Selon une enquête de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), 60 % des Français considèrent le casque comme un obstacle à la pratique du vélo, surtout pour les trajets courts. « Imposer le casque, c’est envoyer le message que le vélo est dangereux, alors qu’il est un moyen de transport sain et écologique », ajoute un représentant de l’association Paris en Selle.
La tribune rappelle également que les pays nordiques, où le vélo est très répandu, n’ont pas imposé le casque. En revanche, ils ont investi massivement dans des infrastructures cyclables. Le Danemark, par exemple, a réduit de 40 % le nombre d’accidents mortels à vélo en vingt ans grâce à des pistes séparées et à des limitations de vitesse.
Une demande d’alternative
Les signataires appellent la ministre à renoncer à cette proposition et à concentrer les efforts sur des mesures plus efficaces : développement des voies cyclables, abaissement des vitesses en ville, et campagnes de sensibilisation au partage de la route. « Ne nous prenez pas la tête, Madame la ministre, mais prenez plutôt le guidon », concluent-ils, invitant les élus à tester eux-mêmes les déplacements à vélo pour comprendre les vrais enjeux.
Cette prise de position intervient alors que le gouvernement prépare un plan national pour le vélo, avec un objectif de tripler la part modale du vélo d’ici 2030. Les associations espèrent que les arbitrages à venir privilégieront l’aménagement du territoire plutôt que des obligations individuelles contre-productives.



