Le Bazar de la Brague, institution d'Antibes depuis 57 ans, est menacé de fermeture. Victime de la concurrence d'Internet et de la disparition des campings voisins, le magasin a perdu 40 % de son chiffre d'affaires, selon son propriétaire Michel Muratori.
Une boutique emblématique en péril
Ouvert en 1969 au bord de la route de Nice, le Bazar de la Brague est un passage obligé pour les vacanciers et les riverains. « C'est la caverne d'Ali Baba », résume une cliente venue acheter des tongs. Derrière les rangées d'articles de plage, une pointe de nostalgie flotte. Michel Muratori et son épouse Gisèle, nés à l'hôpital de La Fontonne, incarnent l'histoire vivante du quartier.
À l'ouverture, le couple, âgé de 21 ans, navigue à vue. « Au départ, c'était de la droguerie et du bazar. Puis, on s'est rendu compte que l'article de plage fonctionnait mieux et subissait moins la concurrence des grandes surfaces », raconte le propriétaire. La boutique s'impose rapidement comme le passage obligé des vacanciers, grâce à la proximité de Marineland et des nombreux campings. « On leur vendait même des ballons pour les dauphins ! À l'époque, le camping du Pylône comptait 800 emplacements, contre à peine une centaine aujourd'hui. Tout ça a disparu… »
Un chiffre d'affaires en chute libre
Le paysage a radicalement changé. Entre les fermetures d'établissements emblématiques, les inondations meurtrières de 2015 qui ont dévasté la Brague, et l'essor du commerce en ligne, le bazar résiste mais accuse le coup. « On a perdu 40 % de chiffre d'affaires. Les gens achètent désormais sur Amazon », déplore Michel Muratori.
Si la boutique est encore debout, c'est grâce à un atout précieux : « Je suis propriétaire des murs. Si je devais payer un loyer, j'aurais fermé comme tous les autres. »
Le lien humain comme rempart
Ce qui fait tenir le Bazar de la Brague, c'est avant tout le lien humain. Ici, on ne vient pas seulement acheter un matelas pneumatique, on vient aussi chercher un conseil, une réparation gratuite de chaise longue ou simplement échanger quelques mots. Le couple a installé une table où les clients s'installent, une boisson à la main. « On est un peu les psychologues du quartier, sourit le gérant. Les gens restent bien plus d'une minute. On connaît la vie de nos clients, leurs joies, leurs maladies, etc. »
Les générations s'y croisent. Des grands-parents repassent pour montrer à leurs petits-enfants où ils achetaient leurs pétards dans les années 1970 et 1980. Certains fidèles font le voyage de loin, comme ce client belge qui revient chaque été depuis plus de 20 ans, les bras chargés de chocolats et de champagne.
La fin d'un chapitre
Malgré cette fidélité, le cœur n'y est plus tout à fait. L'augmentation des incivilités depuis la crise du Covid, la baisse du pouvoir d'achat et les épisodes de forte chaleur qui vident les rues en journée pèsent lourdement sur le quotidien. Quant à la relève, elle ne se fera pas en famille : la fille travaille en grande surface et le fils refuse de reprendre l'affaire.
Après près de six décennies de service, la fermeture approche. « On ne va pas rester des lustres non plus, c'est peut-être la dernière ou l'avant-dernière année », glisse Michel. Une page de la vie antiboise est sur le point de se tourner.



