Kevin Lamour, directeur des opérations de la FIFA depuis 2024, a été licencié lundi soir en fin de soirée, selon des informations concordantes. Ce renvoi fait suite à ses critiques publiques envers le président Gianni Infantino, après l'abandon du projet d'ouverture de la FIFA à des investisseurs privés. Le Français de 45 ans, natif de Brest dans le Finistère, savait que sa position était devenue intenable après avoir osé défier le président.
Un communiqué cinglant contre Infantino
Fin juillet, Kevin Lamour avait pris les devants en publiant un communiqué en forme de réquisitoire contre Gianni Infantino. « Si cela signifie que je perds mon emploi, qu'il en soit ainsi. Je comprendrai et respecterai cette décision. Au moins, je dormirai bien cette nuit », avait-il écrit. Ce texte, rapporté par nos confrères de L'Équipe, marquait sa sortie volontaire de l'anonymat pour s'attaquer à un président que peu osent affronter de face, par crainte pour leur poste et leur sécurité financière.
Le journaliste Henry Winter a réagi sur X (Twitter) en ces termes : « La FIFA renvoie l'homme qui a dit la vérité nécessaire au pouvoir au sein de l'organisation, qui a défendu ce qui devrait être les principes directeurs de l'instance dirigeante du football mondial. »
Un parcours marqué par l'intégrité
Kevin Lamour, qui refuse toute demande d'interviews selon L'Équipe, a déjà fait preuve de courage par le passé. Proche de Michel Platini depuis son arrivée à la tête de l'UEFA en 2007, il avait démissionné de son poste à l'UEFA en 2015, après la découverte du versement secret de millions de francs suisses de Sepp Blatter, alors président de la FIFA, à Platini. Il avait dénoncé une « trahison » de la part de la légende du football français.
Revenu à l'UEFA un an plus tard lors de la prise de pouvoir d'Aleksander Ceferin, il a de nouveau payé son opposition lorsque Ceferin a fait pression pour élargir le nombre de mandats présidentiels. Son caractère discret mais inflexible, ses principes éthiques et son sens de la diplomatie le distinguent dans un milieu souvent marqué par les comportements de « cow-boys ».
Des qualités reconnues par ses pairs
Dans un portrait de L'Équipe daté du 5 août dernier, un ancien collaborateur le décrivait : « Sa force c'est qu'il est très calme, élégant, il ne parle pas fort, ne fait pas de scandale, de show. Et il n'a pas semblé prendre le melon que tout le monde prend. Plus tu montes dans le système, plus tu marches avec tes bottes de cow-boys. C'est un peu ce qui a perdu Gianni. Kevin est respecté et apprécié parce qu'il est discret et fiable. »
C'est pour ces qualités que la FIFA et Gianni Infantino l'avaient recruté à l'automne 2024, avec pour mission de réconcilier la FIFA avec les syndicats de joueurs, les Ligues européennes et l'UEFA, en froid depuis des années.
Un départ qui laisse des regrets
Une fois de plus, le refus de Kevin Lamour de se plier aux exigences du président lui a coûté sa place. Selon William Gaillard, son ancien compère à l'UEFA, interrogé par L'Équipe : « Il serait parfait comme président de la FIFA. Mais cela ne l'intéresse pas, ce n'est pas son style. » Ce départ intervient alors que la FIFA traverse une nouvelle période de crise, et certains estiment que Lamour aurait pu être un recours idéal pour l'instance internationale.



