Dire qu’un animal sent la peur est un raccourci. En réalité, il ne détecte pas directement une émotion, mais les nombreux changements qu’elle provoque. Lorsqu’une personne a peur, son rythme cardiaque augmente, sa respiration change, sa posture se modifie et sa transpiration libère davantage de composés chimiques volatils. Ces indices visuels, sonores et olfactifs constituent autant d’informations que certains animaux savent interpréter.
Le chien, champion du décryptage olfactif
Le chien est particulièrement doué dans ce domaine. Son odorat, estimé des dizaines de milliers de fois plus sensible que celui de l’humain, lui permet de distinguer des variations très fines de notre odeur corporelle. Des expériences montrent que les chiens reconnaissent notre stress. Une étude publiée en 2022 dans PLOS ONE a apporté une démonstration convaincante. Les chercheurs ont recueilli des échantillons de sueur et d’haleine chez des volontaires avant et après une situation stressante. Les chiens entraînés ont identifié avec succès les échantillons liés au stress dans plus de 90 % des essais, uniquement grâce à l’odeur.
Chevaux et abeilles : d’autres sensibilités
Les chevaux semblent également sensibles à notre état émotionnel. Plusieurs travaux montrent qu’ils réagissent différemment face à des personnes tendues ou détendues, probablement en combinant les expressions du visage, la posture, la voix et les odeurs. Les abeilles, elles aussi, deviennent plus prudentes lorsqu’elles détectent certaines molécules émises par des congénères stressés, mais rien ne prouve qu’elles reconnaissent directement la peur humaine.
Ce que la science ne sait pas encore
Les chercheurs ignorent encore quels sont les composés chimiques les plus importants dans cette « odeur du stress » et si toutes les émotions produisent une signature olfactive différente. La peur, l’anxiété, la colère ou la joie pourraient libérer des mélanges de molécules distincts, mais cette hypothèse fait toujours l’objet de recherches. Par ailleurs, toutes les espèces ne semblent pas avoir les mêmes capacités. Les chiens, sélectionnés depuis des millénaires pour vivre aux côtés des humains, sont de loin les mieux étudiés. Pour les chats ou d’autres animaux domestiques, les résultats sont prometteurs mais moins nombreux. Une chose est néanmoins bien établie : lorsqu’un animal paraît « sentir » notre peur, il ne lit pas directement nos émotions. Il décrypte les nombreuses modifications physiologiques qu’elles provoquent.



