70 ans après, les sœurs Vatrican racontent le mariage du siècle à Monaco
70 ans après, les sœurs Vatrican racontent le mariage du siècle

Le 17 avril 1956, Laure et Geneviève Vatrican, âgées de 11 et 9 ans, ont dansé place du Palais à Monaco lors du spectacle offert en l'honneur du prince Rainier III et de Grace Kelly. Leur frère aîné, Alain, portait le coussin avec les alliances lors de la cérémonie religieuse du 19 avril. Soixante-dix ans plus tard, les deux sœurs se souviennent de chaque instant de ce « mariage du siècle ».

Un rôle inattendu dans le mariage princier

Le 5 janvier 1956, la famille Vatrican apprend par la radio que le prince Rainier épouse Grace Kelly. « Alain sautait partout. Monaco était une grande famille, nous étions tous tellement contents pour la Famille princière », raconte Geneviève, aujourd'hui âgée de 79 ans. Scolarisées au lycée du Rocher, Laure et Geneviève suivent des cours de danse chez Suzanne Dubreuil, avec les filles de la princesse Antoinette, Elisabeth-Ann et Christine-Alix.

« Le prince Rainier avait assisté à une représentation de fin d'année de ses nièces, au théâtre des Variétés. Lorsque le déroulé du mariage a été mis au point, il a émis le souhait que la petite marquise à la perruque poudrée puisse danser. C'était moi », relate Laure, 81 ans, avec une émotion intacte. Celle que Nice-Matin qualifiera de « nouvelle étoile » à son départ pour le Royaume-Uni à 14 ans débutera une carrière de soliste en Allemagne avant de raccrocher les pointes sans regrets. « C'était une vie de couvent et je n'avais pas le feu sacré intégral pour poursuivre », ajoute-t-elle.

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Le spectacle du 17 avril 1956 et la retransmission perturbée

Le 17 avril 1956, Laure et Geneviève dansent place du Palais durant la sérénade et le spectacle donnés en l'honneur du couple princier. « Je n'ai aucun trac pendant les répétitions. L'excitation est complète, en scène je suis sur un nuage », se souvient Laure, qui devait exécuter un pas de deux sur un menuet de Mozart (divertimento), entre La Palladienne et le London Festival Ballet de l'iconique Marilyn Burr.

« J'étais éblouie d'être à ses côtés sous les tentes dressées pour se préparer, se coiffer. Il faisait un froid de canard car nous étions bras nus. Sur une chaise, une danseuse tricotait des jambières », confie Laure. « Il y avait une ambiance de fête extraordinaire », poursuit Geneviève. « J'étais innocente, donc je me laissais porter par les événements, avec à cœur de bien exécuter mes mouvements. »

Le spectacle comprend un pas de trois sur du Chopin diffusé en Eurovision. Mais la retransmission est perturbée : « Toute la famille avait été alertée que cela serait diffusé en Eurovision. Mais avec le retard, les émissions de l'ORTF ont coupé l'antenne. Le lendemain, un cousin germain de Belgique nous a appelées pour nous dire que, lui, nous avait vues ! », raconte Geneviève.

Le frère aîné et les rencontres avec la princesse Grace

Le 19 avril, Alain Vatrican, le frère aîné disparu trop tôt, apparaît en mondovision comme l'enfant de chœur chargé d'amener le coussin avec les alliances jusqu'à l'autel. « Il était fier d'avoir rempli sa mission au mieux. Nous avions cette notion de devoir dans la famille », se souvient Geneviève, dont les parents étaient présents dans la cathédrale. Plus tard, c'est à Paris, en avant-première d'un film, que la famille découvrit celui du mariage avec émotion.

« Je rêvais de rencontrer la Princesse et je l'ai fait grâce à mon père qui était directeur du Jardin exotique, confie Geneviève. Elle était belle et simple, comme toute la Famille princière. Je ne l'ai jamais entendu élever la voix, elle a toujours été très douce. »

Directrice de la Maison de Monaco à la Cité universitaire de Paris pendant dix ans, en charge de la Famille princière pendant 28 ans dans la capitale, Geneviève peut aussi témoigner de l'aura de chef d'État de Rainier Grimaldi. « Les fonctionnaires du quai d'Orsay avaient le plus grand respect pour notre Prince. »

Les deux sœurs ont été saluées par le couple princier au balcon du Palais avant le feu d'artifice. Le directeur de l'Institut audiovisuel de Monaco, Vincent Vatrican, a reconnu ses tantes en visionnant des images du spectacle du 17 avril 1956 : au centre de l'image, Laure Vatrican ; à sa gauche, portant une couronne de fleurs avec des boules, Geneviève Vatrican.

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