À Barjols, dans le Var, un collectif de bénévoles a servi 900 repas gratuits en dix jours et formé des brigades d'intervention pour soutenir les habitants, les sapeurs-pompiers et les militaires touchés par les incendies qui ravagent le département depuis le 21 juillet 2026. Cette mobilisation citoyenne spontanée, partie d'un simple appel entre amis, a rapidement pris de l'ampleur, fédérant une quarantaine de personnes autour d'un objectif commun : apporter une aide concrète et immédiate.
Une mobilisation partie d'un geste d'entraide
L'histoire commence deux jours après le départ du feu à Pontevès, le mardi 21 juillet 2026. Martin Beraudo, un habitant de Barjols, se rend auprès d'un ami berger pontois pour l'aider à protéger sa ferme et son habitation menacées par les flammes. Il lance alors des appels à des « copains pour l'aider à faire des rondes la nuit, éteindre des points chauds ».
Sur son 4x4 pick-up, une cuve à eau et une pompe sont montées. « On intervenait plus largement dans le quartier », explique-t-il. Le samedi 25 juillet, alors que l'incendie gagne Barjols, les bénévoles, à peine rentrés de Pontevès, se remobilisent immédiatement. « On est intervenu dans tous les quartiers touchés sur la route de Châteauvert pour voir s'il y avait des choses à sauver », raconte Martin Beraudo, décrivant des flammes « partout » et des actions d'urgence pour sortir des ânes menacés.
Les brigades d'intervention barjolaises (BIB) en action
Face à l'ampleur de la tâche, un nouvel appel à la solidarité est lancé. En 24 heures, le collectif passe à quatre véhicules équipés, rejoints par des camions de paysans et des tracteurs. Ces brigades d'intervention barjolaises (BIB), comme elles sont rapidement surnommées, travaillent en étroite collaboration avec les sapeurs-pompiers et les militaires, sans jamais les gêner. « On était en appui des sapeurs-pompiers. On n'a jamais gêné, au contraire nous travaillons en collaboration, comme avec les militaires », souligne Martin Beraudo.
Les équipiers se déploient là où les besoins sont pressants, notamment à Correns et à Châteauvert, jusqu'à « la grosse reprise » de l'incendie le vendredi 31 juillet 2026. Leur action s'étend également aux exploitations agricoles menacées, avec des opérations de sauvetage d'animaux et de protection des biens.
Collectes et repas gratuits : une logistique solidaire
En parallèle, un vaste réseau de collectes se met en place. Les paysans non touchés par les incendies commencent à collecter des dons pour nourrir les personnes dans le besoin, tandis que les commerces locaux jouent le jeu, avec professionnels et clients apportant leur contribution. « Il y a eu des moments de solidarité », témoignent Judith Combe et Samuel Bettex, paysans apiculteurs barjolais.
Dans deux fermes, à Tourves et Sillans-la-Cascade, des repas sont confectionnés avec les dons, puis la production s'organise à Barjols. Pour passer à la vitesse supérieure, un lieu idéal est trouvé dès le 25 juillet : la cantine La Dalle en pente, gérée par l'association l'Entretoise, membre de la coopérative Le Moulon. Ce lieu devient le camp de base du collectif, un espace de coordination et de repos. « C'était aussi important de pouvoir se retrouver ici en fin de journée, d'avoir un lieu commun au calme, dans un coin de verdure. Le lien social est quand même super important », explique Juliette Nicolotto, de la coopérative Le Moulon.
900 repas servis en dix jours
En dix jours, le collectif a servi 900 repas gratuits, comme le précise Juliette Nicolotto. Ces repas sont destinés aux équipes de bénévoles mobilisées, aux sinistrés, mais aussi aux sapeurs-pompiers et aux militaires. Une famille nombreuse a même été hébergée sur place. La cantine, qui continue d'accueillir sa clientèle habituelle, devient le cœur névralgique du dispositif : « Le matin, autour d'un café, on constituait les équipes pour aller sur le terrain, collecter des dons, cuisiner, servir… »
Le restaurant Les Couverts d'Argens, à Châteauvert, rejoint également le réseau, permettant au collectif de s'adapter aux besoins du territoire. « On bouge géographiquement avec les besoins du territoire », complète Juliette Nicolotto.
Une synergie citoyenne et des projets pour l'avenir
Pour Martin Beraudo, cette mobilisation repose sur un attachement profond au lien social : « Notre attachement au lien social a fait qu'en quelques heures, on a pu rassembler ». Judith Combe souligne l'enthousiasme et la complémentarité du groupe : « On se relaie, on s'épaule. Chacun amène ses compétences, ses connaissances du territoire, ses outils. C'est une vraie synergie ».
Au-delà de l'urgence, le collectif réfléchit déjà à la suite. Des contacts ont été pris avec des spécialistes pour aborder la gestion d'un après-feu. « On va se rencontrer pour parler de la gestion d'un après-feu. Comment s'organiser, s'outiller pour la suite ? On est sur des territoires qui peuvent de nouveau être touchés par les incendies. Il faudra faire en sorte que ça brûle moins, d'être préparé au cas où, d'être plus en lien », explique Martin Beraudo.
Les retours d'expérience enrichiront cette réflexion, avec l'espoir que le projet de réhabilitation de l'ancienne tannerie Plauchud, où est abritée la cantine, avance. « La crise nous apporte l'occasion de faire exister un espace où peuvent se coordonner des actions, où les gens peuvent se retrouver, où on peut s'auto-organiser, inventer des choses ensemble », martèle Juliette Nicolotto.



