Une saison estivale sous le signe de la préparation
La saison estivale n'a pas encore officiellement débuté, mais les bénévoles de la Société nationale des sauveteurs en mer (SNSM) de Menton sont déjà pleinement mobilisés. Entre les préparatifs techniques, les formations et les interventions, la station s'active pour assurer la sécurité des plaisanciers. Cette année, elle s'apprête également à recevoir une labellisation et à déménager dans des locaux plus adaptés à ses besoins. Entretien avec Fabrice Vassort, président de la station depuis cinq ans.
Des formations intensives avant l'été
Avant même le début de la saison estivale, les bénévoles suivent un programme de formation rigoureux. « La semaine dernière, nous avons organisé un stage d’équipier de pont sur trois jours pour les nouveaux bénévoles arrivés en septembre. Nous avons également proposé un recyclage pour les nageurs de bord, les plongeurs de bord et les équipiers titulaires du PSE1 », explique Fabrice Vassort. L'objectif est d'arriver en début de saison avec des équipes formées et compétentes, capables de faire face à toutes les situations.
Les interventions sont déclenchées par le CROSS (Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage de la Méditerranée). Pour l'instant, le début d'année est calme, avec seulement deux ou trois interventions depuis janvier. « C’est plutôt bon signe », commente le président. La moyenne annuelle se situe autour d'une trentaine d'interventions, mais leur répartition varie. « Il y a trois ans, les interventions étaient concentrées sur l’été. L’année dernière, nous avons eu davantage d’interventions en mai-juin et en septembre-octobre. »
Des interventions variées et des défis financiers
Dans 95 % des cas, il s'agit de pannes mécaniques : des moteurs en panne ou des bateaux immobilisés nécessitant un remorquage. L'année dernière, deux interventions ont concerné des filets de pêche pris dans les safrans de voiliers, une opération plus technique car il faut éviter que l'embarcation de la SNSM ne s'emmêle à son tour.
Ces interventions ont un coût, et la station rencontre des difficultés financières croissantes. « Les bateaux coûtent de plus en plus cher, tout comme le carburant et le matériel, sans oublier la formation des bénévoles. Nous avons besoin de dons, de partenaires et de facturer certaines interventions », souligne Fabrice Vassort. La SNSM répond à un besoin de service public, mais avec des bénévoles. Sauver une vie humaine est gratuit, mais le remorquage est payant. Au niveau national, une augmentation des tarifs est envisagée pour couvrir les coûts réels, tout en tenant compte des petits plaisanciers.
Les grands enjeux pour 2026 et 2027
La station de Menton a plusieurs projets d'envergure. Le premier est l'aménagement d'un nouveau local aux Sablettes, qui deviendra un lieu de vie, de formation, de rencontre et de sensibilisation. L'idée d'y ouvrir une boutique solidaire est également en réflexion. Ensuite, la vedette SNS 207, qui commence à vieillir, nécessitera des travaux importants, notamment sur l'électronique, pour assurer sa mission pendant les dix prochaines années.
Autre projet majeur : l'obtention d'une labellisation plongée. « Aujourd'hui, nous avons cinq plongeurs qualifiés, formés et recyclés. Dans les Alpes-Maritimes, aucune station SNSM n'est labellisée plongée. Cette labellisation nous permettra d'intervenir sous l'eau jusqu'à 12 mètres pour des opérations de relevage de corps-morts, de recherche, ou de maintenance de bateaux avec des parachutes de levage. Elle servira aussi pour le nettoyage des ports, que nous effectuons une fois par an, mais nous souhaitons mettre en place une convention avec la SPL pour intervenir plus régulièrement. »
Un engagement bénévole exigeant
Fabrice Vassort est arrivé à la SNSM presque par hasard. « J’ai toujours aimé la mer et la plongée sous-marine. Un soir, au Vieux-Port de Menton, des membres de la SNSM m’ont aidé à mettre mon semi-rigide à l’eau. J’ai rencontré des personnes partageant ma passion et mon envie d’aider les autres. » Depuis qu'il a pris la présidence il y a cinq ans, les effectifs sont passés d'une douzaine à une quarantaine de bénévoles. « Il y a un vrai engouement, mais certaines personnes ne comprennent pas ce que signifie être bénévole à la SNSM. Ce n’est pas une simple adhésion : il faut habiter à moins de 15 minutes du port, avoir une bonne condition physique, pouvoir prendre 24 heures d’astreinte, se former et accepter les risques. »
Le danger est omniprésent. « On peut se blesser, on peut ne pas revenir. La mer est imprévisible. Parfois, on part pour dix heures d’intervention dans de mauvaises conditions. Il faut que les bénévoles comprennent cette réalité. »
Une culture maritime à développer
À Menton, la culture maritime est moins ancrée qu'en Bretagne, où les bénévoles viennent souvent du monde de la pêche. « Ici, nous sommes davantage des terriens. Nous recrutons des personnes qui n'ont pas forcément grandi avec la mer mais qui l'aiment. La formation est donc plus longue, notamment pour devenir patron d'embarcation, un parcours de quatre à cinq ans. » Actuellement, la station compte cinq patrons, mais tous ne peuvent pas assurer régulièrement des astreintes ou former les nouveaux. « Il peut arriver que nous devions prévenir le CROSS que la vedette n'est pas disponible faute d'équipage ou de patron suffisant. »
La féminisation des effectifs progresse lentement : environ cinq femmes pour quarante bénévoles. « Les préjugés sur la capacité physique existent, mais une femme peut réussir autant qu'un homme. Le vrai frein, c'est le temps : être bénévole à la SNSM empiète sur la vie personnelle, familiale et amicale. »
La passion comme moteur
Ce qui fait tenir la station de Menton, c'est avant tout la passion et l'engagement des bénévoles. « Nous ne sommes pas des remorqueurs. La mission de la SNSM est de préserver la vie humaine. Le reste vient après. »
Pour devenir bénévole, contacter la station de Menton au 04.92.10.04.45 ou par email à president.menton@snsm.org. Pour faire un don, rendez-vous sur don.snsm.org.



