À quelques jours de la Journée internationale des gens de mer, le 25 juin 2026, Serge Giacomazzi, président du Club nautique de Menton depuis dix-sept ans, incarne un engagement de longue date pour la mer. Figure incontournable du nautisme mentonnais, il retrace l'histoire du club, ses missions et ses projets, avec une ambition centrale : rendre la navigation accessible au plus grand nombre tout en sensibilisant à la protection du patrimoine maritime et de l'environnement méditerranéen.
Un club né en 1977, tourné vers la démocratisation
Le Club nautique de Menton a vu le jour à la fin de l'année 1977. « Cela signifie que nous fêterons l'an prochain notre cinquantième anniversaire », explique Serge Giacomazzi. Pendant de nombreuses années, il est resté un cercle de plaisanciers. À partir des années 2000, une nouvelle évolution a commencé avec l'acquisition du premier bateau collectif destiné à la régate. Aujourd'hui, la mission du club est claire : démocratiser la voile habitable. « Nous voulons permettre à chacun de découvrir la mer et la navigation, y compris à ceux qui ne possèdent pas de bateau », insiste-t-il. Mais l'association ne se contente pas d'emmener les gens en promenade : « Ceux qui embarquent participent activement : ils apprennent à barrer, à manœuvrer les voiles et à travailler en équipage. C'est une école de voile, mais aussi une école de vie. »
La mer pour tous, sans privilège
Le choix de rendre la navigation accessible repose sur une conviction forte : « Nous pensons que la mer ne doit pas être réservée à quelques privilégiés. Nous voulons transmettre des compétences, une passion et une culture maritime. » Aujourd'hui, d'excellents skippers ont commencé de zéro au club sans jamais posséder leur propre bateau. « La transmission du savoir fait partie intégrante de notre identité », ajoute Giacomazzi. Apprendre à naviguer à la voile n'est pas particulièrement difficile pour quelqu'un de motivé, même si une bonne condition physique est requise. « La voile demande de l'attention et de l'engagement. En mer, il faut savoir évaluer les conditions météorologiques et comprendre son environnement. À partir d'un certain moment, lorsque le temps se dégrade, il ne s'agit plus seulement de naviguer mais de gérer une situation potentiellement délicate. C'est pourquoi la formation est essentielle. »
Un parcours progressif et humain
Les nouveaux membres suivent une progression : ils commencent comme équipiers, puis deviennent seconds, et enfin chefs de bord (skippers). L'aspect humain est primordial. « La navigation crée des liens très forts. En mer, on affronte ensemble des situations qui demandent coordination, confiance et esprit d'équipe. On apprend à coopérer, à s'entraider et à vivre avec les autres. C'est une activité profondément collective. Si l'on n'apprécie pas les relations humaines, il est difficile de vivre pleinement l'expérience d'un équipage. »
Un engagement environnemental inscrit dans les statuts
Le rapport à l'environnement marin est fondamental pour le club. « La mer est notre environnement naturel et ceux qui la fréquentent développent inévitablement une sensibilité particulière à sa préservation. Observer de près les cétacés, les oiseaux marins ou encore toute la vie marine renforce la conscience de la nécessité de protéger cet écosystème. » La protection de l'environnement figure dans les statuts du club. Des conférences et rencontres sont régulièrement organisées. Récemment, une association de jeunes chercheuses a présenté une étude sur la pollution plastique en mer. Après plus de trente ans passés sur l'eau, Serge Giacomazzi constate des changements nets : « Il y a beaucoup moins de poissons qu'il y a trente ou quarante ans. Toute personne qui pratique la pêche s'en rend compte immédiatement. La pollution est également plus visible. Aujourd'hui, nous rencontrons davantage de déchets plastiques flottants et davantage de traces de contamination qu'auparavant. »
Des signaux préoccupants pour la Méditerranée
Certains signaux sont particulièrement préoccupants. « Par exemple, il y a encore quelques années, je voyais régulièrement des poissons-lunes. Depuis trois ou quatre ans, je n'en ai plus aperçu un seul. » La météo a également changé : « Autrefois, les vents étaient relativement prévisibles. Aujourd'hui, nous connaissons des épisodes de vent fort qui durent plusieurs jours d'affilée ainsi que des phénomènes météorologiques plus extrêmes. Les navigateurs perçoivent clairement les effets du changement climatique. »
Un chantier associatif pour les bateaux traditionnels
En 2004, Serge Giacomazzi a créé l'association Voiles Latines en Riviera, un chantier associatif consacré aux bateaux traditionnels. « Au fil des années, nous avons restauré de nombreuses embarcations historiques, notamment des pointus et des bateaux à voile latine, qui constituent des éléments essentiels du patrimoine maritime méditerranéen. » Le chantier travaille exclusivement dans une logique de conservation, avec des techniques traditionnelles et l'engagement bénévole de membres expérimentés, dont d'excellents charpentiers de marine. « Nous ne cherchons pas à concurrencer les professionnels du secteur. Pour les bateaux modernes, nous proposons simplement un accompagnement et des outils de base ; les travaux spécialisés restent du ressort des chantiers professionnels. »
Des sorties gratuites ouvertes au public
Les embarcations traditionnelles sont également utilisées pour des activités ouvertes au public. Le samedi 4 juillet 2026, le Club nautique de Menton organisera des sorties gratuites à bord de ses bateaux traditionnels. « Les personnes intéressées pourront s'inscrire gratuitement directement au vieux port dans la matinée et participer à de courtes navigations pour découvrir le patrimoine maritime local. »
Convaincre de rejoindre le club
Pour convaincre quelqu'un de rejoindre le Club nautique de Menton, Serge Giacomazzi déclare : « Je lui dirais qu'il faut avoir envie de mer et envie d'apprendre. La navigation est une passion qui demande de l'attention, de la préparation et le respect des règles de sécurité. La mer est un environnement magnifique, mais aussi exigeant. Comme le dit un ancien proverbe marin : “Une main pour soi, une main pour le bateau.” Au fond, cette phrase résume parfaitement l'esprit de la navigation. »



