Rochebelle : une mosaïque humaine révélée par une enquête du CNRS
Rochebelle : une mosaïque humaine révélée par le CNRS

Un quartier populaire d'Alès sous le regard du CNRS

Le quartier Rochebelle à Alès, souvent stigmatisé, fait l'objet d'une deuxième résidence ethnographique coordonnée par Flavia Pertuso, docteure en Aménagement et urbanisme. Intitulé "Que veut dire habiter Rochebelle ?", ce workshop s'est déroulé du 30 mai au 6 juin sous l'égide du laboratoire "architecture anthropologie" du CNRS à Paris-la-Villette. Les résultats ont été restitués sous forme d'un coffret de 20 cartes postales baptisé "Tenir les murs".

Une mosaïque de figures et de micro-habitats

Selon Flavia Pertuso, "Rochebelle est comme une mosaïque avec des figures fortes et des micros habitats, comme le bar de Bimbo, dans un quartier pointilliste". Le recueil de témoignages anonymisés et d'observations, structuré autour de quatre thématiques (Réguler, S’entendre, Prendre la parole, Employer le temps), dessine un tableau contrasté du quartier.

Trois axes majeurs de l'étude

La chercheuse souligne trois constats principaux : une fragmentation des visions du quartier ("Rochebelle n'existe pas"), le poids des normes dans l'action sociale qui prive les travailleurs de temps d'initiative, et la faiblesse des contacts sociaux élémentaires, notamment entre générations. "Ensuite, il y a eu un débat sur le fait de juste dire bonjour, un geste très puissant qui permet de créer un lien", explique-t-elle.

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Critique de l'approche gestionnaire

Flavia Pertuso dénonce une "approche gestionnaire qui vient de ce rapport au monde où tout doit être mesuré, évalué, optimisé et ce dans un temps court. Mais il n’est pas possible de raconter le récit de vies qui sont sauvées par l’action sociale pour des personnes invisibilisées !" Elle prend l'exemple de la Cantine solidaire : "Une Cantine solidaire, par exemple, n’a pas vocation à être rentable. C’est un choix politique !"

Un quotidien entre difficultés et solidarité

Les témoignages évoquent sans angélisme les problèmes de voisinage, d'incivilité, de paupérisation et d'hygiène. Mais ils révèlent aussi un quotidien tissé de solidarité, d'entraide et de débrouille. "Si la pauvreté est une baffe", pour Cécile, la maison d'Ange incarne l'hospitalité, tandis que des jeunes ramassent des poubelles ou que des enfants de l'IME rendent visite aux pensionnaires de l'Ehpad.

Un outil pour les décideurs

Pour Flavia Pertuso, "le rôle de la recherche est de fournir des éléments qu’on a le luxe d’aller voir avec un regard naïf, au sens noble du terme, qui doivent nourrir ceux qui prennent des décisions". Le recueil de textes est disponible auprès du centre social Les bancs publics à Alès. La précédente résidence ethnographique, en 2024, posait la question "Qu’apprend-on de Rochebelle ?".

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