La Fédération française de course landaise défie le système de primes de l'Urssaf devant la justice
Ce vendredi 3 avril 2026, à Mont-de-Marsan, la Fédération française de course landaise a porté devant le tribunal judiciaire son opposition au système de primes mis en place avec l'Urssaf depuis deux ans. Un dispositif qui, selon elle, ne satisfait personne et pérennise une situation profondément inégalitaire au sein de la discipline traditionnelle landaise.
Un héritage conflictuel de plusieurs décennies
Le conflit entre la course landaise et l'Urssaf plonge ses racines dans un passé lointain. Pendant plus de vingt ans, la discipline a bénéficié d'un régime dérogatoire unique, permettant de payer les cotisations sociales sur la base d'un forfait, et non sur la rémunération réelle des acteurs. L'abolition de ce système a ouvert une période de tensions continues, cristallisées par l'introduction problématique du chèque emploi associatif.
La crise a atteint son paroxysme en 2024, au point de retarder le coup d'envoi de la saison. Une solution temporaire a été trouvée en avril de cette année, via un communiqué de la préfecture des Landes. Ce texte actait que le régime en vigueur était incompatible avec l'exercice de la course landaise, car l'utilisation du chèque emploi associatif transformait les sportifs en salariés et les organisateurs en employeurs.
L'Urssaf a alors convenu qu'à partir de la saison 2024, les sportifs ne seraient plus liés par un contrat de travail aux organisateurs. Une partie d'entre eux pourrait percevoir une prime de résultat, non soumise à cotisations sociales mais déclarée fiscalement. C'est ce système, en vigueur depuis deux ans, qui est aujourd'hui vivement contesté.
Un système jugé « très inégalitaire » et limitatif
Le principal grief porté contre ce dispositif réside dans sa limitation drastique. Seulement 30% des acteurs participant à une course peuvent prétendre à ces primes. Au-delà de ce seuil, l'Urssaf estime que cela créerait un lien de subordination entre les organisateurs et les sportifs, réintroduisant de fait une relation employeur-salarié.
« Il s'agissait de sortir d'un blocage complet, mais ce système n'est pas viable à long terme », rappelle le président de la Fédération française, Patrice Larrosa. « On ne peut pas continuer à donner des primes à seulement un tiers d'une équipe. Depuis deux ans, cela permet de fonctionner, mais mal, de manière complexe et très inégalitaire. »
Dès l'origine de ce système, la Fédération a engagé une procédure de recours amiable auprès de l'Urssaf pour faire sauter cette barrière des 30%. Face à l'échec de cette démarche, elle s'est tournée vers la justice. Après plusieurs reports, ses arguments ont enfin été exposés ce vendredi 3 avril devant le tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan.
Une bataille juridique pour l'équité
« On a expliqué au juge que cette idée de primes, avec un pourcentage autorisé, n'existait dans aucune loi, que c'est injuste et qu'il fallait faire sauter cette contrainte », a expliqué Patrice Larrosa à l'issue de l'audience. La Fédération fonde son recours sur l'absence de base légale pour ce plafond arbitraire et sur le principe d'équité entre tous les acteurs de la course landaise.
Alors que la saison 2026 vient tout juste de débuter dans les arènes landaises, l'attention est désormais tournée vers le cabinet du juge. La décision du tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan est attendue pour le courant du mois de juin. Ce jugement pourrait redéfinir les relations financières et sociales au cœur de cette tradition régionale, soit en entérinant le système actuel, soit en ouvrant la voie à une réforme plus inclusive.
L'enjeu dépasse le simple cadre administratif. Il touche à la pérennité même d'une pratique culturelle et sportive ancrée dans le territoire, dont la survie économique est étroitement liée à la résolution de ce différend historique avec l'organisme de recouvrement des cotisations sociales.



