Boxe éducative à Roubaix : un poing contre le décrochage et la pauvreté
Boxe éducative à Roubaix contre le décrochage et la pauvreté

Boxe éducative à Roubaix : un rempart contre la rupture sociale

Dans les locaux de l'association Ghett'up, à Roubaix, en 2025, une scène puissante se déroule. Sur le rythme entraînant d'un morceau du rappeur américain Nas, dix jeunes hommes fendent l'air avec leurs poings gantés dans le gymnase municipal Léon-François. Entre deux souffles exagérés, ils jettent un œil aux trois immenses posters de Mohamed Ali placardés à l'entrée des vestiaires, symboles de résilience et de combat.

Un cours pour déjouer la fatalité

Deux à trois fois par semaine, ce cours de boxe éducative accueille des jeunes âgés de 12 à 25 ans, en situation de décrochage scolaire ou en recherche d'emploi. Ils tentent ainsi de déjouer la fatalité de la rupture sociale, qui se manifeste souvent par des addictions, des conduites à risques ou une entrée dans la délinquance. À Roubaix, le contexte est particulièrement difficile : 46 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, selon les dernières données disponibles.

Johnny Herbin, président de l'APSN, un centre de ressources en prévention spécialisée dans le Nord, souligne les défis auxquels cette jeunesse fait face. « La jeunesse pauvre et issue de l'immigration est mal regardée en centre-ville et contrôlée en permanence. Tout ça finit par abîmer », explique-t-il, mettant en lumière les préjugés et les obstacles systémiques.

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Des statistiques alarmantes dans les quartiers prioritaires

La dizaine de jeunes réunis dans ce gymnase habite dans un quartier prioritaire de la ville (QPV), où l'émancipation sociale par le travail est statistiquement plus complexe qu'ailleurs. Une étude publiée en mai 2025 par l'Observatoire des inégalités révèle des chiffres édifiants : le taux de chômage des jeunes actifs de moins de 30 ans habitant dans un QPV approche les 26 %, alors qu'il est de seulement 13,5 % dans les autres quartiers. Cette disparité criante illustre les inégalités territoriales persistantes.

Témoignages poignants de jeunes en lutte

Parmi les participants, Robin, 19 ans, préfère conserver son anonymat. Il confie avec franchise : « J'ai failli pas venir ce matin, je n'avais même pas envie de prendre mon petit déj ». Placé en foyer pendant neuf ans, ce Roubaisien est sujet à des épisodes dépressifs et à des troubles du comportement qu'il souhaiterait faire diagnostiquer cette année. « Mon père souffre de la même chose que moi, mais lui, il n'a jamais mis de mot dessus », regrette-t-il, soulignant l'importance de la parole et de la reconnaissance des souffrances psychologiques.

La boxe éducative offre ainsi un espace de libération et de reconstruction, où ces jeunes peuvent canaliser leur énergie, retrouver confiance en eux et tisser des liens sociaux. Dans une ville marquée par la précarité, cette initiative apparaît comme une lueur d'espoir, prouvant que le sport peut être un vecteur puissant d'inclusion et de résilience face aux défis socio-économiques.

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