Depuis l’automne 2022, l’amicale du maquis Paul Clé, fondée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ne cesse d’enrichir la connaissance historique de la Résistance dans le Sud-Aveyron. Ses travaux récents, menés sous la conduite de l’historien Henri Moizet, mettent en lumière des figures et des lieux longtemps restés dans l’ombre, tout en maintenant la flamme du souvenir chez les nouvelles générations.
Des apports historiques majeurs
L’amicale a notamment apporté de nouveaux éclairages sur le rôle essentiel de la Société des Caves de Roquefort, avec Léon Freychet et Robert Fleuri (codirecteurs), André Birot (sous-directeur), Jean Bosc (responsable de Tendigues) et leurs adjoints directs. Elle s’est également intéressée au fonctionnement de la société électrique Sorgue et Tarn, incarnée par Henri Michel à Gissac, son fils Paul engagé dans la France libre, ainsi que par le personnel du secteur.
Des biographies précises ont été réalisées sur plusieurs morts au combat de la Pezade – Georges Flich, Marcel Baumgartner, Charles Chabaud, Georges Hernoux – et sur Maurice Ethève, victime du massacre de Sainte-Radegonde. Ces travaux s’inscrivent dans une démarche de vérité historique, comme le souligne Henri Moizet : « Notre amicale veut être un acteur incontournable dans une mémoire fidèle au passé. Surtout pas une mémoire figée, mais au contraire vivante, transmise et partagée, autour des valeurs constitutives de la Résistance. »
Des archives familiales inédites
En 2024, année de la Libération, l’amicale s’est fortement investie dans le souvenir de la Pezade et l’évocation des maquis du Sud-Aveyron, notamment grâce à une exposition organisée avec la sous-préfecture de Millau. L’année dernière, elle s’est focalisée sur Raphaël Garcia, dernier survivant du maquis Paul Clé. Aujourd’hui, elle cerne mieux le maquis Caillou de Saint-Affrique, dont faisaient partie les Saint-Affricains Raymond Gantou et Nano Roméro, Robert Maury de Montpaon et l’Héraultais Alphonse Maldonado, réfugié à Marnhagues-et-Latour.
Les prémices du futur maquis Paul Clé sont également mieux connus : les sites des Clédelles, de Tendigues, de Pinet et du Bouscalous, auxquels s’ajoute depuis mai dernier celui de La Prade, en partenariat avec la mairie de Saint-Rome-de-Cernon. Trois apports familiaux récents ont renforcé cette dynamique : sur Paul Michel, natif de Saint-Affrique, aviateur de la France libre et fils d’Henri Michel, avec le concours de la mairie de Saint-Affrique ; sur Paul Clé, de son vrai nom Paul Albert Olivier, officier instructeur, grâce à sa nièce Irène Olivier ; et sur Justin Pailhoriès, né à La Lauze à Truans, officier opérateur de la section atterrissage parachutage, grâce à son fils Francis Pailhoriès.
Une mémoire globale et vivante
« Toute cette mémoire rénovée n’est pas éclatée ni sectorisée, insiste Henri Moizet. Elle est mise au service d’une vision globalisante et valorisante de la Résistance. Elle est complexe dans ses composantes originelles, hétérogène par la sociologie des participants, variable dans sa chronologie locale, multiple dans ses actions, mais une par sa finalité, la libération du pays. » L’amicale explore aussi d’autres thématiques : le service du travail obligatoire (STO), les chantiers de jeunesse, les forces d’occupation à partir de novembre 1942, la déportation et le grand retour à partir d’avril 1945 des prisonniers de guerre, des déportés et des requis.
Les commémorations d’août – le 13 à la stèle Gantou, le 17 devant le stade Devillers en souvenir du massacre de Sainte-Radegonde, le 22 sur le site de La Pezade – « soulignent clairement l’ampleur des sacrifices payés par le monde résistant du Saint-Affricain », rappelle l’historien.
Transmettre aux jeunes générations
Avec la disparition progressive des derniers maquisards, l’amicale a réorienté ses activités mémorielles. « Elle reste fidèle aux objectifs de ses fondateurs, avec des travaux centrés sur le maquis éponyme et dans la fidélité au calendrier commémoratif », explique Henri Moizet. La cinquantaine d’amicalistes actuels milite pour la valorisation et la connaissance des combats de l’armée secrète dans le Sud-Aveyron. Désormais seule de son genre dans ce territoire, elle s’appuie sur une page Facebook, « Amicale du maquis Paul Clé », modérée par Daniel Bertrand, afin de toucher un public plus large et de diffuser des documents inédits.
Pour l’année scolaire 2026-2027, le thème du concours national de la Résistance et de la Déportation, « Les étrangers dans la Résistance française », offre une problématique inhabituelle. L’amicale évoque déjà avec les élèves les familles Frangi, Ortéga et Lopez à Saint-Affrique, ainsi que les familles Marcolin, Forcolin, Muller et Lubecki à Millau. « Ils furent nombreux, réfugiés espagnols et italiens, allemands et luxembourgeois et juifs apatrides d’Europe centrale à devenir résistants, hommes et femmes. Combien seraient méconnus sans nos efforts ? » conclut Henri Moizet.



