Depuis le 7 août, un arrêté préfectoral impose le port du casque et du gilet réfléchissant aux usagers de trottinettes électriques, gyropodes, monoroues, hoverboards et fatbikes à Paris et dans les trois départements de la petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne). Après une période de tolérance où les forces de l'ordre se sont contentées d'informer, les premières verbalisations sont attendues dans les prochains jours : 135 euros pour le non-port du casque et 35 euros pour l'absence de gilet réfléchissant.
Des usagers partagés entre agacement et résignation
Sur le boulevard de Sébastopol, Patrice, ancien automobiliste converti à la trottinette haut de gamme il y a deux ans, oscille entre humour et agacement : « Ils font vraiment tout pour nous compliquer la vie. » S'il a acheté un casque à l'insistance de sa femme, il avoue ne le porter « que les jours de pluie, quand c'est glissant ». Pour le gilet, il compte s'équiper bientôt, mais prévient : « S'ils veulent convaincre, il faut laisser les gens tranquilles avec les réglementations, sinon ils vont les dégoûter. »
Sophie, assistante comptable de 44 ans, est plus tranchée : « Ça sert à quoi tout ça si les gens continuent de faire n'importe quoi ? » Elle pointe le problème du partage de l'espace et du respect des règles : « Les voitures, les vélos, les trottinettes, les piétons, tout le monde fait n'importe quoi. C'est pour cela qu'il y a autant d'accidents. Il faut mettre la police municipale dans les rues et qu'elle sanctionne durement tous ces comportements. »
Un étudiant découvre la règle, une habituée prédit l'accoutumance
Sully, étudiant de 20 ans qui a passé l'été en Charente-Maritime, découvre la nouvelle obligation avec étonnement : « C'est une blague ? » Pour lui, « la trottinette, c'est la liberté ». S'il accepte de porter le gilet par concession stylistique, le casque lui pose problème : « C'est chiant parce que ça prend de la place. Il va falloir le transporter partout, en cours, au travail. Même le soir, j'ai pas envie de l'avoir avec moi si je vais dans un bar. »
À l'inverse, Laurence se montre philosophe. Elle porte déjà un casque mais avoue que son gilet « est chez moi, j'ai l'habitude de le mettre surtout l'hiver parce que je viens d'Issy-les-Moulineaux et le matin, il fait nuit ». Elle assure : « Les gens vont s'habituer et dans cinq ans, on dira : "c'est normal". » Elle rappelle que le casque n'est pas obligatoire pour le vélo, « et il faudra que ça le devienne d'ailleurs ».
Un contexte d'accidents en forte hausse
Cette nouvelle réglementation intervient alors que l'Observatoire national interministériel de la Sécurité routière constate une « forte croissance » de la proportion d'usagers non carrossés, notamment les utilisateurs d'engins de déplacement personnel motorisés, parmi les tués et les blessés graves. En 2025, 79 personnes ont « perdu la vie au cours de l'année », soit 34 décès de plus qu'en 2024. Environ 1.100 utilisateurs de trottinettes ont été gravement blessés, représentant « une très forte augmentation de 33 % par rapport » à l'année précédente.
Face à ces chiffres, les autorités espèrent que l'obligation du casque et du gilet permettra de réduire la gravité des accidents. Les contrôles vont se multiplier dans les prochaines semaines, et les usagers qui ne respectent pas la règle s'exposent à des amendes de 135 euros et 35 euros respectivement.



