Vincent Laforge, urgentiste et expert balistique, décrypte les homicides par balle
Vincent Laforge : urgentiste et expert balistique

Médecin urgentiste ayant servi pendant vingt ans au Bataillon des marins-pompiers de Marseille, Vincent Laforge est également un expert reconnu des armes à feu et des homicides qui en découlent. Membre de la Compagnie nationale des experts en armes et munitions, et désormais réserviste à la brigade des sapeurs-pompiers de Paris, il a notamment publié en 2019 « La Chair et le Plomb ». Malgré l'écho médiatique qu'ils suscitent, les meurtres par balle ne représentent que 15 % des homicides en France. Docteur en médecine et en histoire, Vincent Laforge est intervenu sur de nombreux règlements de comptes.

Les progrès de la médecine ont-ils réduit le nombre de victimes d'assassinat ?

Pas vraiment, selon lui. Dans la grande majorité des règlements de comptes, les victimes sont déjà décédées lorsque l'équipe du Smur arrive sur les lieux. Avec une kalachnikov et une trentaine de balles dans le chargeur, la messe est dite, malgré la précision aléatoire des tireurs. Souvent, ceux qui en réchappent ont volontairement été épargnés, que ce soit par un tir d'avertissement ou une punition comme la « jambisation ». On note tout de même quelques progrès dans le domaine des médicaments anticoagulants et du traitement des infections, qui autrefois provoquaient la mort de nombreux blessés.

Beaucoup de mauvais tireurs qui compensent par des rafales ?

D'autant que de nombreux tueurs sont désormais de tristes amateurs, des gamins embauchés pour un contrat à 5 000 euros. L'usage du pistolet-mitrailleur leur permet d'atteindre leur cible, mais on commence à déplorer des victimes collatérales, blessés et morts qui n'avaient rien à voir avec l'affaire.

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Une médecine très particulière

Une seule balle peut se gérer ; on a même vu des gens touchés en pleine tête s'en sortir. Mais lorsque plusieurs organes sont atteints, cela relève du miracle. La campagne militaire en Afghanistan a permis de progresser dans les premiers soins aux plaies par armes à feu, notamment avec le retour en grâce du garrot. Sachant que c'est principalement l'hémorragie qui tue dans le quart d'heure, son usage est essentiel. Lors des attentats de 2015, les pompiers de Paris ont profité de ce retour d'expérience pour limiter les dégâts. Il faudrait sensibiliser la population à l'importance du garrot, un geste simple pour un dispositif qui ne coûte qu'une trentaine d'euros. Vincent Laforge en a toujours un ou deux dans sa boîte à gants pour intervenir en cas d'accident.

Un savoir-faire particulier à Marseille ?

Une plaie de kalachnikov est moins connue dans la Creuse que dans les quartiers nord de Marseille, où la chose est devenue presque banale, avec chaque semaine au moins un règlement de comptes. Des médecins militaires viennent se former à Marseille en espérant tomber sur des plaies par arme à feu. Mais ce genre de procédés est souvent fatal, et Vincent Laforge ne compte plus les gens truffés d'impacts sur lesquels il a tenté d'intervenir en vain.

Le fusil de chasse reste dangereux

Si les meurtres par armes à feu ont un fort impact médiatique, le bon vieux fusil de chasse reste à l'origine de la plupart des homicides par balle. Dans ses cours de balistique lésionnelle, il explique qu'à moins de vingt mètres, un fusil de chasse est l'arme la plus dangereuse. Chargée de petit plomb ou de chevrotines, la gerbe forme un nuage qui provoque des plaies énormes et anfractueuses. Une seule grenaille peut suffire à tuer, et certains services de police sont équipés de ce type d'armes. À Marseille, en moyenne, un tiers des meurtres sont commis à la kalachnikov, un autre au fusil de chasse et le dernier à l'arme de poing. Cependant, la plupart des homicides sont le fait d'une arme blanche, avec des plaies souvent multiples.

Vincent Laforge publiera le 18 juin prochain « Secrets d'urgentistes » chez Mareuil Éditions.

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