Une étude parue en juin 2026 dans Nature Medicine indique que les personnes ayant arrêté de fumer mais continuant à vapoter présentent un risque de développer un cancer du poumon environ 50 % plus élevé que celles qui ne vapotent pas. Ce constat, issu de données recueillies en Corée du Sud, constitue un premier signal sur les effets à long terme du vapotage chronique, alors que la France compte 3 à 5 millions de vapoteurs.
Une dépendance à la nicotine qui s'installe durablement
Le Dr Ivan Berlin, tabacologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, explique que le vapotage nicotinique peut se poursuivre longtemps après l'arrêt du tabac en raison d'une dépendance redoutable à la nicotine entretenue par ces dispositifs. Selon lui, « l'addiction à la nicotine peut expliquer l'utilisation prolongée de produits qui en contiennent, qu'ils soient pharmaceutiques (substituts nicotiniques) ou non (e-cigarette, pouches/sachets ou snus blanc, interdits en France, etc.), d'autant plus lorsque la dépendance s'est installée très jeune. Même après l'arrêt du tabac, le besoin de nicotine peut persister du fait de modifications durables du circuit cérébral de la récompense. »
Le point clé réside dans la vitesse d'arrivée de la nicotine au cerveau : plus elle atteint rapidement les récepteurs nicotiniques, plus elle produit un effet immédiat et renforce les associations entre la prise de nicotine et certaines situations ou sensations, entretenant la dépendance. Cette vitesse de délivrance varie selon les produits. Comme le précisait le Dr Berlin lors du 20e Congrès de la Société Francophone de Tabacologie (24-25 septembre 2026, Rennes) : « Les patchs diffusent la nicotine lentement et entraînent peu de prises répétées. À l'inverse, les formes à délivrance plus rapide, comme les gommes ou le vapotage, peuvent davantage renforcer les mécanismes de dépendance et favoriser un usage prolongé. »
Une première étude sur le risque de cancer du poumon
Faute de recul scientifique sur les conséquences sanitaires d'un vapotage maintenu pendant plusieurs années, difficile de se prononcer. Cependant, en juin 2026, un premier signal a concerné le risque de cancer du poumon. L'étude publiée dans Nature Medicine s'est intéressée aux conséquences du maintien du vapotage chez des personnes ayant cessé de fumer. Les chercheurs suggèrent que le vapotage après l'arrêt du tabac pourrait atténuer les bénéfices du sevrage tabagique complet en matière de prévention du cancer du poumon.
Le Dr Berlin commente : « Cette étude apporte un élément nouveau car elle est la première à avoir suivi pendant environ six ans les conséquences du vapotage après l'arrêt du tabac, à partir de données recueillies en Corée du Sud. » Autrement dit, remplacer la cigarette par la e-cigarette diminue les risques liés au tabagisme, mais le bénéfice reste inférieur à celui obtenu après un arrêt complet, sans poursuite de l'inhalation de nicotine.
La toxicité des aérosols dépend de leur composition
Les aérosols de e-cigarettes sont des mélanges complexes dont la toxicité respiratoire dépend notamment de leur composition et de leur dépôt dans les différentes régions des voies aériennes. Clément Mercier, ingénieur de recherche à Mines Saint-Étienne, a étudié l'effet de différents e-liquides vapotés sur les cellules des voies respiratoires (pharynx, bronches, voies aériennes distales). Il a notamment comparé la présence et la forme de la nicotine, ainsi que les proportions de propylène glycol et de glycérine végétale (PG/VG).
Selon le chercheur : « Notre étude montre que la toxicité aiguë des aérosols de cigarette électronique est principalement liée à la nicotine, mais qu'elle dépend aussi de sa forme chimique, du ratio PG/VG et de la région des voies aériennes considérée. » La nicotine « classique » (freebase) endommage davantage la protection naturelle des cellules respiratoires que le sel de nicotine, qui provoque une réaction inflammatoire plus modérée. Les liquides contenant beaucoup de propylène glycol semblent plus agressifs, en particulier au niveau des petites voies respiratoires situées en profondeur dans les poumons. À l'inverse, les cellules du pharynx semblent peu sensibles dans les mêmes conditions. Enfin, l'augmentation d'un marqueur de l'inflammation (l'interleukine 8) est limitée mais elle apparaît lorsque les cellules sont exposées aux doses les plus importantes.
Ces résultats appellent à poursuivre les recherches sur les effets à long terme du vapotage, notamment chez les ex-fumeurs, afin de mieux évaluer les risques et d'adapter les messages de prévention.