Valentina Emiliani : une physicienne sculpteuse de lumière
Valentina Emiliani, directrice de recherche au CNRS, est une figure de proue de l'optogénétique, une discipline révolutionnaire qui combine optique et génétique pour contrôler l'activité des neurones avec une précision inégalée. Son travail, à la croisée de la physique, de la biologie et de la médecine, ouvre des perspectives prometteuses pour le traitement de maladies neurologiques comme la cécité, la maladie de Parkinson ou l'épilepsie.
Une carrière dédiée à la lumière
Née en Italie, Valentina Emiliani a effectué son doctorat en physique à l'Université de Florence avant de rejoindre la France pour un postdoctorat au Laboratoire Kastler Brossel. C'est là qu'elle a commencé à explorer le potentiel de la lumière pour interagir avec le vivant. En 2005, elle intègre le CNRS et fonde son équipe de recherche à l'Institut de la Vision à Paris. Son objectif ? Développer des outils optiques capables de stimuler ou d'inhiber l'activité de neurones spécifiques, avec une résolution spatiale et temporelle inédite.
L'optogénétique repose sur l'utilisation de protéines photosensibles, appelées opsines, qui sont exprimées dans les neurones cibles. En éclairant ces cellules avec une lumière de longueur d'onde appropriée, on peut les activer ou les désactiver à volonté. Valentina Emiliani a notamment mis au point des techniques de holographie et de microscopie à deux photons pour sculpter la lumière en motifs tridimensionnels complexes, permettant de cibler des ensembles de neurones avec une précision de l'ordre du micromètre.
Des applications thérapeutiques prometteuses
Les travaux de Valentina Emiliani ont des retombées directes en médecine. Par exemple, dans le cadre de la rétinite pigmentaire, une maladie dégénérative de la rétine, elle a développé des approches visant à restaurer la sensibilité à la lumière des cellules rétiniennes résiduelles. Chez la souris, ces techniques ont permis de rétablir partiellement la vision. D'autres applications concernent la stimulation cérébrale profonde pour la maladie de Parkinson, où la lumière pourrait remplacer les électrodes invasives.
Au-delà de ses recherches, Valentina Emiliani est également une fervente défenseuse de la science ouverte et de la collaboration interdisciplinaire. Elle a cofondé le réseau européen de l'optogénétique et participe à de nombreux projets internationaux. En 2021, elle a reçu le prestigieux prix de la Fondation pour la Recherche Médicale pour ses contributions exceptionnelles.
Son parcours illustre comment une physicienne de formation peut révolutionner la biologie et la médecine, en sculptant la lumière pour déchiffrer et soigner le cerveau. Valentina Emiliani incarne une science de pointe, où la créativité technique rencontre la nécessité thérapeutique.



