Vagues de chaleur : le calvaire des logements sous les toits à Paris
Vagues de chaleur : le calvaire des logements sous les toits

Une chaleur accablante dans les étages élevés

Toitures en zinc et vue sur Paris. Si les appartements au dernier étage offrent un point de vue imprenable sur la capitale, ils se transforment souvent en fourneau lors des périodes caniculaires. « On appréhende la chaleur, on se demande à quelle sauce on va être cuit », confie Dahlia, propriétaire avec son compagnon d’un appartement au cinquième étage, dans le 11e arrondissement à Paris.

Pour la première fois au mois de mai, un épisode de fortes chaleurs frappe le pays, avec des températures pouvant atteindre les 38 ou 39 ° jeudi. La nuit dans l’appartement de Dahlia, le thermomètre affiche toujours 27°. La psychologue s’estime toutefois chanceuse d’avoir un deux-pièces de 30 m2 permettant de créer un courant d’air.

Des couvertures de survie en guise de volets

D’après la Fondation pour le logement, un tiers des logements se transforme en bouilloire thermique l’été. « Les logements sous les toits, précise Maïder Olivier, chargée de plaidoyer logement et climat de l’association, sont les plus exposés au soleil. Comme la chaleur monte, elle va en plus s’accumuler dans les derniers étages. » L’Institut national de veille sanitaire estimait dans une synthèse sur la canicule de 2003 que dormir dans une chambre sous les toits multiplie par 4 le risque de décès.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Dans l’appartement de Dahlia, situé dans un immeuble du 19e siècle, la configuration des fenêtres empêche la pose de volets. Le couple a donc installé des couvertures de survie pour s’épargner un peu de chaleur. « C’est vraiment une solution de fortune, parce qu’il faudrait évidemment que le bâti soit mieux isolé », explique la propriétaire.

Une rénovation lente et compliquée

Les bâtiments haussmanniens présentent souvent des niveaux de confort qui varient beaucoup entre les étages bas - avec des murs plus épais - et les étages hauts. « La qualité de conception de ces étages sous toiture a toujours été très faible, sans attention portée au confort thermique, détaille Julien Bigorgne, ingénieur environnement à l’Atelier parisien d’urbanisme. Dans les années 1970-1980, quand ces espaces ont été valorisés, des fenêtres de toit ont été percées, ramenant beaucoup d’ensoleillement et dégradant le confort thermique. » Pour des questions d’architecture, poser des volets reste souvent compliqué.

Depuis cinq ans, Dahlia a entamé les démarches pour faire rénover son immeuble en copropriété. Un parcours très, très lent : il a fallu faire adopter l’idée d’un diagnostic de performance global - pour lequel l’isolation des murs du cinquième étage a été oubliée une première fois - puis commencer à choisir des entreprises, obtenir des aides. « Les travaux seront peut-être validés en 2027 et pourraient alors commencer », espère Dahlia.

Un plan national d’adaptation pas assez ambitieux

La Fondation pour le logement a déposé, ce mercredi, un recours devant le Conseil d’État pour exiger la mise en place d’un plan national d’adaptation au changement climatique plus ambitieux. L’association appelle à « déployer à grande échelle des dispositifs permettant aux logements et à leurs habitants de mieux résister aux conséquences des risques climatiques, d’adapter les aides incitatives ».

Pour les habitants, la question d’un déménagement lié à la perspective de vagues de chaleur plus fréquentes est parfois évoquée. « Au début, on a pu regretter d’avoir acheté cet appartement, se souvient Dahlia. On est déjà monté jusqu’à 46° chez nous, quand il a fait 42° à Paris en 2019. C’est invivable, on ne peut plus rien faire. » Avec son compagnon, ils cherchent le frais dans le supermarché climatisé ou envisagent d’être hébergé chez des proches si cela devient intenable, en attendant que l’immeuble soit mieux isolé.

Déménager pour échapper à la chaleur

Ces appartements pourraient être considérés comme insalubres s’il fait trop chaud à l’avenir. « Cette question commence à arriver, y compris dans le nord de la France, alors qu’avant, c’était une question plus méridionale », souligne Julien Bigorgne, ingénieur environnement. Située dans une cuvette, Lyon devient de plus en plus une fournaise lors des vagues de chaleur.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

« Ça fait partie des périodes que j’ai appris à redouter », explique Romain, qui s’apprête à déménager. Ce fonctionnaire a déjà installé dans son appartement, au dernier étage d’un vieil immeuble de la Croix Rousse, à Lyon, un ventilateur de plafond, des rideaux isolants. Il a également demandé à sa régie la mise en place d’occultants extérieurs, refusée pour des raisons esthétiques et architecturales. Il a pu acheter un appartement dans un immeuble en bail réel solidaire, en cours de construction, qui aura des matériaux neufs et isolants. Il espère y emménager en 2027 et dire alors adieu à la chaleur étouffante sous les toits.